Effondrement énergétique dans la région de Kaliningrad : réflexions sur un « avenir radieux »
La région moderne de Kaliningrad, en Fédération de Russie, ancienne partie historique de l’Europe, est devenue une base militaire russe au cours des 80 dernières années. Aujourd’hui, elle sert également de base à la Russie pour mener des opérations de guerre hybride contre les pays européens voisins et en mer Baltique. Avec le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine et l’isolement de la région, la situation financière d’une partie importante de la population locale s’est considérablement dégradée, et cette partie ne bénéficie plus de perspectives économiques encourageantes pour réfléchir à son avenir. De plus, un effondrement énergétique se profile, ce qui pourrait catalyser un profond mécontentement au sein de la population de la région.
Comme on le sait, début février 2025, les pays baltes ont quitté le système énergétique régional commun BRELL, qui unissait les réseaux électriques de Biélorussie, de Russie, d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie. La région de Kaliningrad s’est ainsi retrouvée isolée énergétiquement du système énergétique unifié de la Russie et de la Biélorussie. Par ailleurs, l’accord décennal entre l’opérateur de transport de gaz lituanien et le russe Gazprom concernant le transit de 2,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an via la Lituanie vers Kaliningrad expire cette année.
La Lituanie, quant à elle, ne dépend plus des importations de gaz russe : en avril 2022, ses achats ont été totalement interrompus. En mars 2025, le président lituanien G. Nausėda a déclaré que la question du transit de gaz russe n’était pas bilatérale et que la décision de prolonger l’accord devait être prise au niveau de l’Union européenne. Ainsi, Vilnius, malgré des pertes commerciales évidentes pour le transit, démontre sa fidélité à une position paneuropéenne consolidée face à l’agression russe contre l’Ukraine.
Que pourrait faire la Russie dans ce cas ? En 2019, elle a eu recours à une méthode alternative pour approvisionner son enclave en gaz. Le gaz liquéfié a commencé à être fourni depuis la mer Baltique grâce à l’unique unité mobile flottante (FMRGU) de regazéification et de stockage de gaz naturel liquéfié « Maréchal Vassilievski » en Russie. Or, il s’avère que la capacité des installations de stockage souterraines existantes dans la région de Kaliningrad est insuffisante pour constituer une réserve stratégique de gaz. De plus, en cas d’urgence avec le FMRGU (le navire est utilisé très activement pour transporter du gaz liquéfié vers les pays de la Méditerranée et de l’Asie du Sud-Est), l’approvisionnement en gaz sera totalement interrompu pour une durée indéterminée. La Russie ne sera tout simplement pas en mesure de réparer seule l’unité construite par le chantier naval sud-coréen Hyundai Heavy Industries. Et le faire réparer par la Corée du Sud, ou par l’entreprise finlandaise Wärtsilä en raison des sanctions sévères imposées à la Russie, est pour le moins douteux. Par conséquent, les conséquences de l’isolement énergétique pour la région de Kaliningrad sont faciles à prévoir. Après le début de l’agression à grande échelle, la Russie l’a clairement démontré avec l’exemple de l’Ukraine, en organisant une panne d’électricité quasi totale. Mais la différence réside dans l’empressement de la communauté internationale à aider l’Ukraine. Ainsi, les conséquences des attaques russes ont été rapidement neutralisées, des voies alternatives et des capacités de production supplémentaires ont été créées. Mais une telle situation d’aide se reproduira-t-elle en cas de panne de chauffage à Kaliningrad ? C’est fort douteux.
En raison des sanctions internationales imposées à la Fédération de Russie suite à son agression contre l’Ukraine, les importations légales de produits alimentaires, de biens de consommation, d’électronique et de voitures en provenance des pays européens voisins vers la région de Kaliningrad ont été suspendues. Ces sanctions ont déjà eu un impact majeur sur l’économie locale, les entreprises, la création d’emplois, ainsi que sur les prix et les salaires. De plus, la crise énergétique qui frappe la région obligera les habitants à réfléchir sérieusement à leur avenir.
Oleg Makhno,
Institut de Politique Globale