République tchèque : Maintien du cap ou évolutions ?
Depuis le début du conflit russo-ukrainien, la République tchèque a maintenu un cap clair, cherchant constamment à aider l’Ukraine à repousser l’agresseur russe. Cette politique a une fois de plus confirmé l’intégrité des dirigeants tchèques, la cohérence de leurs actions et de leurs politiques, même si cela n’a pas toujours été conforme à leurs intérêts, du moins économiques. Nous l’avons constaté à maintes reprises récemment, notamment lorsque le président tchèque a évoqué la nécessité de nous approvisionner en munitions provenant non seulement des stocks tchèques, mais aussi de celles acquises dans d’autres pays. Compte tenu de l’approche des voisins de la République tchèque sur cette question, cela semblait relever de la décence. Mais quelle sera la prochaine étape ? Quel type d’aide la République tchèque nous apportera-t-elle dans un proche avenir ? Après tout, suite aux élections à la chambre basse du Parlement tchèque début octobre de cette année, des changements sont attendus dans la politique tchèque, notamment concernant les opérations militaires sur le territoire ukrainien. Cela se reflète déjà dans les déclarations des chefs de partis qui briguent des postes ministériels prochainement.
Les médias tchèques se font actuellement largement l’écho de ces candidats, et principalement d’Andrzej Babiš, principal prétendant au poste de Premier ministre du gouvernement tchèque. Mais ce qui est particulièrement intéressant et important, c’est sa position sur la guerre russo-ukrainienne, sur notre besoin constant d’une aide importante en armes, sans parler de l’assistance à nos citoyens pendant leur séjour en République tchèque depuis le début de la guerre. Pour l’instant, aucune réponse définitive n’a été apportée. Cependant, certaines informations émergent pour évaluer la réaction du public. Par exemple, qui pourrait briguer le poste de ministre de la Défense au sein du nouveau gouvernement tchèque, alors que l’ancien gouvernement s’apprête à partir et que le nouveau commence à peine à prendre forme ? Ainsi, selon certaines informations, le ministère tchèque de la Défense serait aux mains du SPD, tandis que le ministère des Affaires étrangères serait contesté par ceux qui se qualifient de « Motoristes » («Motoristé sobě», chef honoraire F. Turek).
Par ailleurs, la guerre de l’information a été utilisée dans la compétition pour les postes ministériels. Il s’agit de divers incidents, généralement controversés, susceptibles d’être utilisés pour soutenir ou discréditer ceux qui cherchent à siéger à la table ministérielle à la tête d’une telle structure gouvernementale. Par exemple, Filip Turek, candidat au poste de ministre des Affaires étrangères, a été accusé d’avoir publié des déclarations ouvertement racistes, sexistes et homophobes, ainsi que des références au dirigeant nazi Adolf Hitler et au dictateur fasciste Benito Mussolini. L’affaire a reçu une telle attention que le leader d’ANO, Andrej Babiš, a même dû rencontrer Filip Turek et le président du parti «Motoristé Sobě», Petr Mačinka, pour négocier et définir une position commune dans ces circonstances.
Après la réunion, ils ont annoncé que Filip Turek se présenterait effectivement à un siège au gouvernement sous la bannière «Motoristé Sobě». « L’accord conclu est valable », a confirmé Mačinka. Cependant, un autre point reste flou : les résultats récents d’un sondage sur le thème « Filip Turek devrait-il devenir ministre des Affaires étrangères ?» La réponse des électeurs tchèques a été extrêmement claire : 19 % (7 070 répondants) ont répondu « oui » ; 81 % (29 374 répondants) ont répondu « non ». Il est clair que la société ne lui fait pas confiance en tant que ministre.
En début de semaine, Babiš a annoncé que les négociations concernant le personnel d’une éventuelle coalition entre ANO, «Motoristé sobě» et SPD n’étaient pas encore terminées. Les partis se concentrent actuellement sur la définition de leur programme et de leur accord de coalition. Concernant le personnel des ministères, il a promis de revenir sur cette question dans environ un mois. Cependant, «Motoristé sobě» doit fournir des explications sur l’affaire Filip Turek pour garantir le maintien de sa candidature au poste ministériel.
Mais revenons à notre point de départ, à ce qui nous intéresse particulièrement : la politique de soutien des Tchèques à l’Ukraine. Babiš a récemment critiqué le gouvernement actuel pour sa trop grande préoccupation concernant l’aide à l’Ukraine, notamment en matière de livraison d’armes. Babiš s’est un jour inspiré de Donald Trump (lors de l’élection présidentielle américaine) pour sa promesse de mettre fin à la guerre en quelques jours. Mais récemment, lors des élections tchèques, Babiš a déclaré que Trump l’avait déçu. Autrement dit, les orientations d’A. Babiš sur cette question sont encore peu connues, mais elles ne seront certainement pas « en phase » avec celles de Trump. Le silence soudain de ses partisans face aux demandes d’annulation de l’initiative tchèque de fourniture de munitions aux forces armées ukrainiennes pourrait le confirmer. Est-ce une conséquence de l’insistance du président Pavel sur la nécessité pour la République tchèque de rester membre de l’UE et de l’OTAN et de maintenir sa politique de soutien à l’Ukraine ? Il l’a rappelé à Andrei Babiš lorsque la question du lieutenant-général à la retraite Ján Zun ou du président de l’Association des industries de défense Ján Hynek pour le poste de ministre de la Défense a été soulevée.
Mais la question de l’aide à l’Ukraine restera à l’ordre du jour, et une décision, d’une manière ou d’une autre, sera bientôt prise. Pourtant, les médias tchèques continuent de souligner la position critique d’Andrei Babiš sur ce sujet. On pourrait même la qualifier de problématique aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que, comme nous venons de le mentionner, Andrei Babiš a critiqué le gouvernement précédent, qui a sincèrement tenté de fournir des armes à l’Ukraine et n’a pas soutenu les pourparlers de paix, et encore moins cherché à faciliter une solution au problème. Andrei Babiš s’est appuyé sur Donald Trump, car il avait promis il y a un an de contraindre les parties à la paix. Aujourd’hui, le probable futur Premier ministre tchèque n’a personne à qui s’adresser sur cette question. Il doit se préparer à exprimer concrètement sa position sur la guerre russo-ukrainienne, notamment concernant l’aide aux forces de défense ukrainiennes et à l’Ukraine elle-même, en tant que candidate à l’adhésion à l’UE.
Oleg Makhno,
Institut de Politique Globale
(Image est générée par un réseau neuronal)