Architecture de sécurité dans la région de la mer Baltique

Architecture de sécurité dans la région de la mer Baltique : problèmes et solutions

L’expérience de la guerre russo-ukrainienne en mer Noire démontre la facilité avec laquelle un bassin maritime entier, voire l’espace aérien qui le surplombe, peut être bouclé. De ce fait, la bataille pour le contrôle maritime se déroule paradoxalement principalement sur terre, notamment par le biais de systèmes de missiles, de drones, de reconnaissance et d’attaques contre les infrastructures.

Par ailleurs, la mer Baltique n’est pas une simple « mer de paix » ni une zone de libre navigation, même en eaux internationales. C’est un théâtre d’opérations fermé, où la géographie, les délais de réaction courts et la surcharge des armements limitent considérablement la liberté traditionnelle des opérations navales.

L’avenir de la sécurité de l’Europe du Nord et Centrale se joue de plus en plus dans la région de la mer Baltique. Dès lors, les experts occidentaux s’interrogent : l’issue d’un conflit potentiel sera-t-elle déterminée par la puissance des Marines, ou plus précisément, par la géographie, la portée des systèmes de frappe et la disposition politique et militaire à recourir à la force ? Les facteurs les plus importants sont peut-être la capacité à boucler rapidement une zone maritime, la résilience face à une première frappe et les avantages en matière de renseignement et de frappes de précision, plutôt que le nombre de navires.

Escalade de la situation dans la région

La mer Baltique a cessé d’être une mer périphérique pour devenir un carrefour militaire, énergétique et logistique essentiel pour l’Europe, opérant sous une pression constante, sans toutefois déclencher de guerre ouverte. Depuis 2015, l’activité russe s’est intensifiée et a pris un caractère hybride marqué depuis 2022. Le brouillage GPS [1], la présence de navires non identifiés à proximité des oléoducs, des câbles à fibres optiques et des installations énergétiques, ainsi que le recours à des « flottes fantômes » pour contourner les sanctions constituent une menace réelle pour la sécurité des infrastructures de l’UE.

La Russie teste systématiquement la capacité de réaction des États membres de l’OTAN par une présence navale et aérienne intensive, des exercices militaires et des provocations à proximité des frontières de l’Alliance. La mer Baltique, de par sa configuration maritime restreinte, minimise les temps de réponse, et tout incident en mer, dans les airs ou sous l’eau peut rapidement revêtir une importance stratégique. Le sabotage des infrastructures (notamment l’explosion du gazoduc Nord Stream) met en évidence la vulnérabilité des fonds marins aux activités hybrides et les difficultés liées à une intervention rapide et à une attribution claire des responsabilités [2].

La protection des infrastructures critiques à forte densité, telles que les gazoducs, les câbles énergétiques et ceux de télécommunications, les terminaux GNL et les installations offshore en développement, demeure un défi majeur. Parallèlement, la mer Baltique est un terrain propice aux opérations hybrides, en particulier aux cyberattaques contre les systèmes portuaires et logistiques, aux pressions exercées sur le transport maritime commercial, à la désinformation et aux activités illégales comme la contrebande et le crime organisé. La frontière entre les sphères militaire et civile s’estompe de plus en plus, exigeant une coopération étroite entre les forces armées, les gouvernements et le secteur privé.

Une action urgente est nécessaire.

La sécurité en mer Baltique n’est plus un problème d’avenir. Les menaces sont présentes et immédiates, nécessitant une action urgente et coordonnée des États de la région et de leurs alliés. La présence de l’OTAN dans la région, à travers des patrouilles navales et aériennes continues, des déploiements par rotation et des exercices multinationaux réguliers, est cruciale. Il ne s’agit pas d’une simple démonstration de force, mais d’un test concret d’interopérabilité et de capacité de réaction rapide en situation de crise.

Parallèlement, une défense efficace de la mer Baltique exige une surveillance conjointe des espaces maritime, aérien et sous-marin, appuyée par des satellites, des drones, des sonars et des systèmes autonomes de surface et sous-marins. Seul un tel système permet de détecter rapidement les menaces, d’identifier les activités hybrides et de protéger efficacement les infrastructures critiques, notamment les gazoducs, les câbles sous-marins, les terminaux GNL et les plateformes énergétiques. La cyber-résilience et la coordination des interventions en cas d’incident sont également essentielles, notamment pour les ports, les systèmes de navigation, la logistique maritime et les réseaux énergétiques. Les pays de la région doivent pouvoir réagir rapidement aux crises, y compris aux opérations de sauvetage en mer et aux catastrophes environnementales. L’intégration complète des systèmes de connaissance de la situation devient indispensable, permettant l’échange de données en temps réel entre les forces navales, les garde-côtes et les agences civiles. Les technologies autonomes capables de patrouilles de longue durée et de protection des infrastructures critiques joueront un rôle de plus en plus important, et un cadre juridique unifié pour la gestion des crises, y compris les opérations hybrides menées dans les zones grises, sera essentiel à une action efficace.

La nouvelle architecture de sécurité balte doit reposer sur un centre de commandement régional et une coopération continue entre les Etats-majors nationaux, permettant des opérations coordonnées et une réponse rapide aux crises. Des bases logistiques communes, la modernisation des ports militaires et civils et le soutien à la disponibilité des unités de réaction rapide garantiront le déploiement efficace des forces et la continuité de la défense. La protection des infrastructures critiques exige des systèmes de surveillance, des simulations d’attaques de sabotage et l’utilisation de technologies autonomes, tandis que la cyberdéfense et la guerre électronique protègent les systèmes de navigation, de communication et militaires contre les interférences, telles que le brouillage GPS. L’harmonisation politique et juridique est essentielle pour garantir le déploiement rapide des forces alliées et une réponse coordonnée aux menaces hybrides. La coopération avec l’industrie de la défense et le développement d’innovations améliorant les capacités militaires et de renseignement ne doivent pas être négligés.

L’efficacité de ces actions dépend d’une coopération étroite entre les pays de la région – Pologne, Suède, Finlande, Allemagne, Danemark et États baltes – ainsi que du soutien des autres alliés de l’OTAN. L’intégration des capacités militaires et civiles au sein de l’OTAN et de l’UE demeure essentielle au maintien de la stabilité dans la région balte. Seule une stratégie de défense coordonnée et à plusieurs niveaux peut créer un « bouclier » régional protégeant les infrastructures critiques et garantissant la sécurité de la région maritime, actuellement soumise à des attaques militaires, hybrides et cybernétiques constantes.

Intégration des forces face à l’agression russe

L’intégration des capacités dans tous les domaines (maritime, aérien, terrestre, et même cybernétique et satellitaire) [3] dans la région de la mer Baltique peut créer un nouveau niveau de sécurité fondé sur la coopération entre les États alliés dans des domaines interconnectés : acquisitions conjointes, infrastructures partagées, collaboration industrielle et celle de recherche. L’acquisition conjointe d’équipements militaires, notamment de patrouilleurs, de systèmes sonar, de navires de surface et sous-marins sans équipage, de munitions et de missiles, permettra de réduire les coûts, d’accroître l’interopérabilité et de standardiser progressivement les équipements. Ces activités pourraient être mises en œuvre à la fois dans le cadre des instruments de l’UE, tels que l’EDIRPA [4] et le Fonds européen de défense, et dans le cadre des mécanismes de l’OTAN, en particulier l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition, qui devrait garantir un réapprovisionnement plus rapide et réduire la fragmentation du marché de la défense.

Le deuxième pilier pourrait être une infrastructure de base commune pour accueillir, soutenir et entretenir les forces alliées, ainsi que pour mener des opérations régionales. La modernisation des ports militaires et de certains ports civils, la construction de dépôts de carburant et d’armement, ainsi que le développement d’infrastructures pour les systèmes autonomes et les centres de commandement pourraient renforcer la flexibilité et la capacité de réaction face aux crises. Le financement de ces projets pourrait provenir de fonds européens et de l’OTAN, renforçant ainsi la dimension d’alliance de tous les efforts.

Le troisième pilier devrait englober la production industrielle conjointe et la recherche et le développement visant à renforcer la souveraineté technologique de la région, à développer des solutions innovantes et à maintenir la supériorité maritime. La coopération entre les entreprises nationales de défense, telles que Polska Grupa Zbrojeniowa (Pologne), SAAB (Suède), Patria (Finlande), Kongsberg (Norvège) et ThyssenKrupp (Allemagne), est déjà axée sur les plateformes de surface et sous-marines sans pilote, les systèmes de lutte contre les mines et les solutions utilisant l’intelligence artificielle et l’analyse de données poussée. Les programmes de l’UE et de l’OTAN, notamment la PESCO [5], le Fonds européen de défense et DIANA [6], peuvent garantir le transfert de technologies et la mise en œuvre rapide des innovations dans la pratique opérationnelle.

La synergie entre ces trois piliers renforce non seulement l’interopérabilité et la résilience des forces navales, mais aussi la capacité de toute la région de la mer Baltique à faire face aux crises militaires, technologiques et celles de ressources. Les opérations prioritaires devraient inclure la protection des infrastructures critiques, la reconnaissance et la connaissance de la situation, le déminage, les opérations de contre-sabotage et la réponse aux crises, notamment les opérations de recherche et de sauvetage et les interventions environnementales. L’utilisation de systèmes autonomes (drones, par exemple), de sonars et de réseaux de reconnaissance, la coopération entre les forces navales et aériennes, ainsi que l’intégration des moyens de défense aérienne et de guerre électronique renforcent le potentiel de dissuasion de la région et sa résilience face aux pressions russes.

Pour accroître l’efficacité de ces opérations, il est nécessaire d’abandonner une approche nationale et d’adopter une répartition fonctionnelle des rôles. Les États dits du flanc oriental, notamment la Pologne et les pays baltes, possèdent une expérience en matière de lutte contre les menaces directes et sont prêts à réagir rapidement. Les pays nordiques, quant à eux, offrent des capacités maritimes, technologiques et de renseignement de pointe. L’intégration de ces approches devrait commencer par une planification opérationnelle conjointe, des systèmes de commandement conjoints et des mécanismes permanents de partage d’informations au sein de l’OTAN. De tels formats de coopération régionale permettent des actions opérationnelles plus rapides et plus flexibles, tandis que l’OTAN assure une dissuasion plus large et une coordination stratégique.

Les décisions de la Finlande et de la Suède de rejoindre l’OTAN ont modifié la dynamique sécuritaire dans la région. Forts de leur expertise en matière de défense et de leur résilience sociétale, ces deux pays comprennent les risques liés aux actions hybrides du Kremlin, notamment les cyberattaques, la désinformation et les pressions informationnelles. Leur intégration aux structures de l’OTAN renforce l’unité de l’Alliance, tout en démontrant que le renforcement des capacités de défense européennes n’est pas incompatible avec le maintien de liens transatlantiques solides.

En conséquence, la combinaison de capacités militaires, infrastructurelles et industrielles intégrées, conjuguée à l’autonomie stratégique européenne et à des liens transatlantiques solides, a permis de créer un écosystème cohérent, résilient et durable en mer Baltique. La mer Baltique n’est plus un ensemble de responsabilités nationales, mais un espace commun de dissuasion, de défense et de résilience, où coopération, interopérabilité et innovation technologique se renforcent mutuellement.

La diversité comme atout stratégique

Une défense efficace de la mer Baltique exige de considérer les différences stratégiques des États de la région comme des avantages, et non comme des obstacles. La Pologne perçoit la mer Baltique principalement sous l’angle des menaces terrestres et de l’importance des voies logistiques pour le flanc oriental de l’OTAN. La Finlande et la Suède privilégient la protection de leur territoire, la rapidité de réaction et l’intégration de toutes les composantes de la défense : militaires, civiles et celles de renseignement. Les États baltes doivent contrer les pressions hybrides et renforcer l’alerte précoce, tandis que l’Allemagne et le Danemark mettent l’accent sur l’interopérabilité, le commandement et le soutien opérationnel. Au lieu d’une uniformité artificielle, une architecture de sécurité modulaire est nécessaire, dans laquelle chaque État développe ses propres atouts tout en agissant en étroite coordination avec ses partenaires.

La planification conjointe et la stratégie régionale comprennent déjà des évaluations périodiques des menaces, des opérations maritimes et côtières intégrées et une coordination au sein de l’OTAN et de l’UE. Les pays sont complémentaires en termes de compétences. La Pologne assure la défense terrestre et maritime, la Suède fournit des sous-marins et des forces spéciales, la Finlande la défense électronique et côtière, les États baltes la surveillance et la guerre asymétrique, le Danemark les opérations logistiques et la sécurité des détroits, et l’Allemagne le commandement, les communications et d’importantes capacités de soutien. Chaque pays développe son propre créneau, dans le cadre d’un plan opérationnel unifié.

Une intégration plus poussée devrait inclure le partage des forces et des infrastructures. Des liens étroits entre la planification de la défense, l’industrie et la recherche permettront le développement de systèmes sans pilote, de capteurs et de systèmes de lutte contre les mines grâce à des laboratoires d’essais partagés et à des financements européens. Ce système devrait reposer sur une connaissance situationnelle intégrée, des systèmes C4ISR interopérables [6] et une cyberdéfense coordonnée des infrastructures maritimes.

Un élément clé devrait être la réalisation d’exercices conjoints couvrant des scénarios réalistes, notamment le sabotage d’infrastructures, les débarquements amphibies, les blocus de détroits et les cyberattaques, avec la participation de l’OTAN, de l’UE, des agences gouvernementales et du secteur privé [7]. L’intégration stratégique de la mer Baltique ne repose pas sur une flotte unique, mais sur une diversité coordonnée, des capacités complémentaires et des outils communs, ce qui crée une vision globale et renforce la sécurité régionale.

Puissance navale ou autres capacités ?

Bien que la Russie occupe le deuxième rang mondial en termes de puissance de feu globale, et que des États régionaux comme l’Allemagne, la Pologne, la Suède, le Danemark, la Finlande, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie soient nettement moins bien classés, les capacités combinées et les positions stratégiques des États baltes et de leurs alliés constituent le véritable fondement de leur défense. Le budget de défense cumulé des huit pays riverains de la mer Baltique dépasse celui de la Russie, ce qui constitue probablement un avantage et renforce la résilience de la région (même si la fiabilité des données russes concernant le volume et les sources de financement est sujette à caution). Par ailleurs, ce n’est pas seulement le nombre de navires qui importe, mais aussi l’utilisation des capacités des autres branches des forces armées, la géographie de la Baltique, les distances, les îles et la manière dont tous ces éléments sont exploités.

La mer Baltique n’est plus neutre ni une simple étendue d’eau. Elle est devenue un système d’armes unique, où les facteurs clés sont les isthmes, les détroits, les îles et le contrôle de l’espace aérien, et non pas nécessairement la taille d’une flotte pouvant être coulée d’un seul tir depuis l’une ou l’autre rive.

Selon des experts militaires polonais, il serait judicieux d’envisager de conjuguer les efforts de la Pologne dans le sud de la mer Baltique avec ceux de la Suède, située sur la rive opposée. Ceci créerait un axe de coopération maritime méridional, renforcé par l’Allemagne et le Danemark à l’ouest, et la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie et la Finlande à l’est, protégeant ainsi l’accès de la Russie à la mer Baltique depuis le golfe de Finlande.

Pour des raisons de sécurité, l’oblast de Kaliningrad revêt une importance capitale pour la Pologne, comparable à celle de la Crimée, toujours sous contrôle russe, pour l’Ukraine. Ce sont des zones d’où il est possible de contrôler l’ensemble du bassin maritime et d’exercer une influence sur l’espace aérien. Dans une interview accordée au quotidien allemand Bild, l’ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Robert O’Brien, a décrit l’importance de Kaliningrad, dans le contexte des menaces stratégiques pesant sur le continent, comme une dague plantée au cœur de l’Europe. En théorie, la position avancée de la Russie dans la région de Kaliningrad constitue un instrument de pression stratégique, mais en pratique, elle représente également un obstacle majeur : isolée, à mobilité réduite et constamment surveillée par l’OTAN, l’enclave [8] pourrait se révéler un piège plutôt qu’un atout en cas de conflit.

L’axe Varsovie-Stockholm, grâce à l’intégration de toutes ses capacités, pourrait faire de la mer Baltique une zone opérationnellement hostile pour la Russie. Cet axe, renforcé par l’ensemble des États baltes, leurs systèmes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, leur logistique et leur commandement interopérable, jettera les bases d’une véritable assise sécuritaire pour la région, où chaque point stratégique, île et port deviendra un centre de contrôle stratégique.

Les analystes occidentaux s’interrogent sur la capacité de cet « axe de coopération balte » à combler l’écart et à empêcher toute manœuvre ennemie avant même le premier coup de feu. Les partenaires sont-ils capables d’exploiter pleinement le potentiel de leurs capacités combinées, ou subsiste-t-il des failles que l’ennemi peut exploiter ? La dissuasion est optimale lorsqu’elle n’a pas à être utilisée. La géographie, la concentration des capacités et les ressources combinées feront des pays baltes une ligne de défense, et non un simple espace de dialogue. Ceci crée une zone d’accès et de déni d’accès (A2/AD) invisible mais efficace autour de la mer Baltique[9], dont l’existence pourrait déterminer la sécurité de toute la région.

Dans le nouvel ordre mondial, les déclarations politiques importent moins que la préparation, l’envergure et la coopération. Dans la région, l’avantage appartiendra à ceux qui combineront leurs capacités au sein d’un système unique et efficace. La mer Baltique devient un instrument de dissuasion, et la Pologne-Suède pourrait bien en être le meilleur défenseur.

Volodymyr Palyvoda,
Expert en relations internationales

Notes :

[1] Le brouillage et l’usurpation des signaux GPS ont été observés à plusieurs reprises dans les pays baltes et les pays d’Europe du Nord limitrophes de la Russie et du Bélarus.
[2] Aucune conclusion officielle et définitive n’a été établie quant à l’identité des responsables de l’explosion du gazoduc Nord Stream en septembre 2022, mais les enquêteurs allemands pensent qu’il s’agissait d’un groupe de plongeurs et de militaires ukrainiens. L’Ukraine nie toute implication. La Russie a accusé les États-Unis et le Royaume-Uni de sabotage, sans toutefois fournir de preuves.
[3] Au cœur de la compétition stratégique interétatique, on observe depuis peu une tendance à l’essor des méthodes de confrontation politiques, diplomatiques, économiques et informationnelles. Cinq domaines sont considérés comme l’environnement de la confrontation militaire : la terre, la mer, l’espace aérien, l’espace extra-atmosphérique et le cyberespace. À cet égard, le concept d’« opérations multidomaines » est de plus en plus accepté par les États membres de l’OTAN comme l’outil le plus efficace pour atteindre les objectifs opérationnels et tactiques. Son but est de créer un avantage et de neutraliser l’ennemi avec des pertes minimales grâce à l’utilisation d’armes, de la reconnaissance et de la guerre électronique dans tous les domaines, afin de parvenir à un effet synergique.
[4] EDIRPA est l’acronyme de European Defe
nce Industry Reinforcement through common Procurement Act. Il s’agit d’un programme à court terme de l’Union européenne visant à stimuler l’acquisition conjointe d’armements essentiels par les États membres de l’UE. Créé suite à l’agression russe contre l’Ukraine, ce programme dispose d’un budget de 310 millions d’euros (jusqu’à la fin de 2025) destiné à couvrir les coûts administratifs liés à l’acquisition conjointe de missiles, de munitions et de systèmes de défense aérienne.
[5] La PESCO (Permanent Structured Cooperation) est une initiative à long terme de l’Union européenne, lancée en 2017, qui vise à approfondir la coopération en matière de défense entre les États membres. Elle permet la participation à des projets communs, des investissements coordonnés et une interopérabilité accrue des forces armées.
[6] C4ISR est l’acronyme de Commandement, Contrôle, Communications, Informatique, Renseignement, Surveillance et Reconnaissance. Il s’agit d’un système militaire intégré de commandement, de contrôle, de communications, d’informatique, de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Il assure la supériorité de l’information, une connaissance de la situation en temps réel et accélère la prise de décision. C’est la norme de l’OTAN pour la coordination des troupes.
[7] En décembre 2025, le journal Die Welt, en collaboration avec le Centre allemand de simulation de guerre de l’Université Helmut Schmidt des forces armées allemandes, a mené un exercice simulant une invasion russe de la Lituanie. Cet exercice a mobilisé 16 anciens hauts responsables allemands et ceux de l’OTAN, des parlementaires et des experts en sécurité de premier plan, qui ont joué un scénario se déroulant en octobre 2026. Selon ce scénario, la Russie utilisait la crise humanitaire dans l’enclave russe de Kaliningrad comme prétexte pour s’emparer de la ville lituanienne de Marijampole, un nœud de transport stratégique dans l’étroite bande de terre entre la Russie et le Bélarus. Les affirmations de la Russie selon lesquelles l’invasion était une mission humanitaire ont suffi à dissuader les États-Unis d’invoquer l’article 5 de l’OTAN, qui stipule l’assistance aux alliés. L’Allemagne s’est montrée hésitante et la Pologne, bien que mobilisée, n’a pas envoyé de troupes en Lituanie. Une brigade allemande déjà déployée en Lituanie n’est pas intervenue, notamment parce que la Russie a utilisé des drones pour poser des mines sur les routes menant à sa base. « La dissuasion dépend non seulement des capacités, mais aussi de la perception qu’a l’ennemi de notre volonté. Lors de l’exercice de simulation de guerre, «mes collègues russes» et moi-même savions que l’Allemagne en douterait. Et cela a suffi pour «l’emporter », a déclaré Franz-Stefan Gadi, analyste militaire viennois qui a joué le rôle du chef d’état-major des forces armées russes.
[8] Une exclave est une partie du territoire d’un État géographiquement séparée du continent et entourée par le territoire d’un ou plusieurs autres États. Si une exclave a accès à la mer, on parle de semi-exclave.
[9] A2/AD – acronyme de Anti Access/Area Denial. Un ou plusieurs dispositifs ou mesures conçus pour empêcher un adversaire d’occuper ou de traverser une zone désignée de territoire/zone maritime ou d’espace aérien.

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