Quelques mots sur les événements historiques et les relations polono-ukrainiennes et ukraino-polonaises d’un point de vue juridique
Récemment, les médias ont de nouveau tenté de soulever la question complexe des relations entre Polonais et Ukrainiens et de débattre activement des événements du passé, plus connus sous le nom de «Tragédie de Volhynie». Que s’est-il passé alors ? Qui a fait quoi et qui est responsable de quoi ? Cette question s’adresse davantage aux historiens qui étudient ce sujet qu’aux juristes, diplomates et hommes politiques contemporains. En réalité, les acteurs de ces événements ont disparu depuis longtemps et la génération actuelle de Polonais et d’Ukrainiens n’a aucun lien avec eux. Les Ukrainiens et les Polonais d’aujourd’hui n’ont rien à se reprocher ni à justifier, l’un envers l’autre. Ils n’ont aucun lien avec ces événements, car ils ne sont pas encore venus dans ce monde.
Si une approche purement historique était utilisée en droit, en diplomatie et en politique, la partie ukrainienne pourrait également faire valoir des revendications envers les Polonais, notamment pendant la période de notre histoire commune où la noblesse polonaise recherchait les Ukrainiens, ce qui a conduit à une série de soulèvements et à l’intensification des mouvements de libération nationale. Il est notoire qu’au XVIIe siècle, la politique à courte vue du gouvernement polonais a conduit au soulèvement de Bohdan Khmelnytsky, ce qui a incité ce dernier à s’allier à la Russie. On sait aujourd’hui que cette alliance a eu des conséquences catastrophiques pour les Polonais comme pour les Ukrainiens.
D’où la conclusion : l’histoire doit être étudiée et comprise, non seulement pour bâtir des relations internationales modernes sur ses fondements, mais aussi pour tirer les leçons des erreurs du passé et les éviter à l’avenir. Les exemples cités démontrent clairement qu’une approche purement historique ne saurait régir les relations juridiques et politiques internationales contemporaines, car une telle logique nous ramènerait à l’époque d’Adam et d’Ève sans pour autant permettre un accord mutuel ni l’obtention du résultat escompté pour les deux parties.
Il convient ici de rappeler une fois de plus que, par le passé, les conditions historiques, les relations socio-politiques et les réalités juridiques étaient différentes et n’ont rien à voir avec les relations établies entre Polonais et Ukrainiens au stade actuel du développement historique et avec nos relations actuelles.
Il est clair qu’il existe et qu’il existera toujours des forces intéressées par l’exploitation des faits historiques et leur interprétation biaisée pour atteindre leurs propres objectifs politiques ou réaliser des ambitions impériales et des plans agressifs.
Par exemple, après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, les Russes ont déployé des efforts considérables pour semer la discorde entre Polonais et Ukrainiens et détruire leurs relations de bon voisinage.
Il est de notoriété publique qu’au début de la guerre, la Pologne fut l’un des premiers pays à condamner l’agression russe et à fournir à l’Ukraine une aide militaire et humanitaire concrète. De plus, la Pologne est aujourd’hui la principale plaque tournante logistique pour les armes et équipements occidentaux entrant en Ukraine. De toute évidence, ce fait ne peut échapper aux services de renseignement russes, qui utilisent donc diverses méthodes d’influence informationnelle et psychologique, notamment en instrumentalisant les faits historiques, pour semer la discorde entre les Polonais et Ukrainiens. La logique russe est ici assez simple et compréhensible.
Après avoir conquis l’Ukraine, Poutine a planifié une attaque contre la Pologne et d’autres pays d’Europe centrale et orientale. Pour les Russes, il s’agissait du début de la restauration de l’influence militaire et politique de la Russie dans l’espace post-soviétique. Mais l’Ukraine a résisté à l’attaque, déjouant les plans de Poutine et de ses alliés.
Il ne fait aucun doute que le gouvernement polonais actuel et la grande majorité des Polonais comprennent la menace que représente la Russie moderne pour leur indépendance et leur souveraineté. Cette conclusion se fonde non seulement sur l’analyse des événements actuels, mais aussi sur l’histoire des relations russo-polonaises.
Aujourd’hui, les Polonais et Ukrainiens doivent fonder leurs relations interethniques et interétatiques exclusivement sur des considérations pragmatiques et sur leurs intérêts nationaux. Les gouvernements des deux pays doivent évaluer objectivement la situation actuelle et ne pas se laisser provoquer par la Russie et ses services de renseignement. La génération actuelle de Polonais et d’Ukrainiens devrait se préoccuper davantage de l’avenir de leurs peuples que de chercher des raisons de discorde en s’appuyant sur des faits historiques et des insultes mutuelles appartenant à un passé révolu.
Il convient de rappeler que la génération actuelle de Polonais et d’Ukrainiens n’a aucun lien avec ces événements historiques – ni la «Tragédie de Volhynie», ni la région de Khmelnytskyï, ni la région de Koliiv, ni aucun autre chapitre tragique de notre histoire commune. Par conséquent, les juristes, diplomates et hommes politiques polonais et ukrainiens d’aujourd’hui doivent tirer les leçons du passé, mais uniquement pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Ensemble, nous devons veiller à ce que les événements négatifs de notre histoire appartiennent au passé et que les relations ukraino-polonaises et polono-ukrainiennes se fondent non pas sur les griefs et les insultes d’antan, mais sur les normes et les principes du droit international moderne, en tenant compte des intérêts nationaux communs actuels des Polonais et des Ukrainiens.
Oleg Berezyuk,
Institut de Politique Globale