La Slovaquie et la Hongrie, sources de problèmes pour l’Ukraine et l’Europe

La Slovaquie et la Hongrie, sources de problèmes pour l’Ukraine et l’Europe

Que se passera-t-il si leurs gouvernements tentent de résoudre leurs problèmes par l’amitié avec la Russie ?

Alors que l’OTAN et l’UE privilégient l’Ukraine, certains pays européens refusent cette voie. C’est le cas de la Slovaquie et de la Hongrie qui mènent des politiques anti-ukrainiennes et pro-russes. Leurs gouvernements cherchent à substituer à la coopération productive le traitement préférentiel habituel accordé par la Russie. Il s’agit principalement de l’importation potentielle d’énergie russe à prix réduits. Dans ce contexte, la Russie poursuit ses propres objectifs en Europe par le biais de la Slovaquie et de la Hongrie, cherchant notamment à saper l’unité européenne dans l’aide apportée à l’Ukraine. Cependant, les États-Unis, l’OTAN et l’UE sont parvenus à contrer ces intentions russes.

Comparée à la politique ouvertement anti-ukrainienne et pro-russe de la Hongrie, la politique similaire de la Slovaquie est, pour ainsi dire, moins visible. Ainsi, R. Fico, de retour au poste de Premier ministre slovaque en 2023, a ouvertement pris parti pour la Russie et a même soutenu ses actions criminelles contre l’Ukraine. Il a publiquement accusé l’Ukraine d’avoir massacré la population russe du Donbass, ce qui aurait déclenché la guerre en 2014. De fait, il a justifié l’offensive massive du régime de Poutine contre l’Ukraine, qualifiant les actions de Moscou de nécessaires à la défense des intérêts et de la sécurité de la Russie. Dans cette optique, Robert Fico a suspendu les livraisons d’armes slovaques à l’Ukraine et ordonné une enquête sur la légalité de ces livraisons, notamment leur impact sur les capacités de défense de la Slovaquie. Il s’agissait notamment des avions MiG-29, en service dans les forces armées slovaques et simultanément remplacés par des chasseurs américains F-16. Robert Fico a condamné leur transfert à l’Ukraine, estimant qu’il portait atteinte à la sécurité de la Slovaquie.

Parallèlement, il a soutenu le Premier ministre hongrois V.Orbán lorsque ce dernier a bloqué les décisions de l’OTAN et de l’UE visant à apporter une aide à l’Ukraine dans son conflit militaire avec la Russie et à imposer de nouvelles sanctions à son encontre. Il convient de noter que Robert Fico a parfois adopté une position plus ferme que V.Orbán. Par exemple, en septembre dernier, il a tenté d’empêcher l’adoption du 19e train de sanctions de l’UE contre la Russie, même après l’accord de la Hongrie. De plus, M. Fico a exigé que ces sanctions n’empêchent pas les pays européens d’acheter des ressources énergétiques russes.

Il partage la même vision du rétablissement de la paix en Ukraine que M. Orbán. En substance, il plaide pour que l’Ukraine accepte les conditions russes de cessation des hostilités, et son refus est interprété comme un manque de volonté de paix. M. Fico présente cette position de l’Ukraine qui vise à défendre ses intérêts, comme un argument supplémentaire contre l’assistance de l’OTAN et de l’UE.

À l’instar du Premier ministre hongrois, M. Fico démontre son attachement à la Russie en cherchant à nouer une relation étroite avec M. Poutine. Depuis le début de son troisième mandat de Premier ministre, M. Fico a rencontré le président russe à trois reprises : en décembre 2024 et en mai 2025 à Moscou, et en mai de la même année en Chine. La première de ces rencontres portait sur les livraisons d’énergie russes à la Slovaquie. La deuxième raison concernait les célébrations par la Russie du 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie. La troisième était liée aux commémorations par la Chine du 80e anniversaire de la victoire sur le Japon lors de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, R. Fico était le seul représentant d’un État membre de l’UE à se rendre en personne à Moscou. Ce geste, à proprement parler, témoignait de la considération de la Slovaquie pour la Russie en tant que partenaire stratégique, et ce malgré la confrontation de cette dernière avec l’Occident et sa guerre contre l’Ukraine. Pour se rendre à Moscou, R. Fico dut prendre des mesures exceptionnelles, les pays baltes ayant fermé leur espace aérien aux vols à destination de la Russie pendant les fêtes. Cet incident illustra l’importance que R. Fico accordait à la Russie.

Sa politique repose sur les mêmes fondements que celle de V. Orbán. Le gouvernement slovaque, à l’instar du gouvernement hongrois, est également lié à Moscou dans sa volonté de préserver les faveurs russes. Au cœur de ces faveurs se trouvent des manipulations concernant les approvisionnements énergétiques russes, comme ce fut le cas autrefois sous le gouvernement ukrainien de Victor Ianoukovitch. Par conséquent, ni R.Fico ni V.Orbán ne sont disposés à renoncer au pétrole et au gaz russes. Pour justifier sa position, R. Fico avance des arguments similaires à ceux de la Hongrie. Il affirme que le coût de l’énergie russe est inférieur à celui des énergies européennes, américaines ou autres. Il prétend également que la Slovaquie ne dispose pas d’accès aux terminaux maritimes. Si elle ne respecte pas ses contrats avec la Russie jusqu’en 2034, elle perdra près de 10 milliards d’euros. La construction des infrastructures nécessaires pour soutenir des voies d’importation de gaz alternatives nécessitera des dépenses financières équivalentes. La Slovaquie est à court d’argent. Par conséquent, elle est, tout comme la Hongrie, entièrement dépendante des hydrocarbures russes. Depuis que l’Ukraine a suspendu le transit de gaz russe par son réseau de gazoducs le 1er janvier 2025, la Slovaquie et la Hongrie l’acheminent via le gazoduc Turkish Stream. Le pétrole russe leur est transporté par l’oléoduc Druzhba qui traverse l’Ukraine, et est raffiné à la raffinerie Slovnafta de Bratislava, propriété de la société hongroise MOL. Ainsi, la Slovaquie et la Hongrie bénéficient d’une énergie relativement bon marché en provenance de Russie, tandis que leurs gouvernements mettent en œuvre des mécanismes opaques autour de ces approvisionnements. Moscou, de son côté, a la capacité d’influencer politiquement Bratislava et Budapest et de maintenir une présence sur le marché européen de l’énergie. Sa présence en Europe est certes modeste comparée à sa position antérieure à l’imposition des sanctions, mais elle peut servir de tremplin pour rétablir une telle position à l’avenir. Du moins, c’est ce qu’espère Moscou.

C’est précisément pourquoi la Slovaquie et la Hongrie ont réagi très négativement au refus de l’Ukraine de faire transiter le gaz russe par le réseau et aux frappes des forces armées ukrainiennes contre l’infrastructure du gazoduc Druzhba en Russie. Bien que l’achat de ressources énergétiques russes finance la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, elles se sont empressées d’accuser Kiev d’orchestrer délibérément leur blocus énergétique. Elles ont même fait appel à l’UE à ce sujet…

Fico a également commencé à menacer de couper l’électricité à l’Ukraine. La Slovaquie ne produit pas suffisamment d’électricité pour couvrir ses propres besoins ni pour exporter, mais elle en fait transiter depuis l’Europe vers notre pays. Le Premier ministre slovaque a également fait allusion aux graves problèmes d’électricité que connaît l’Ukraine, conséquences de la destruction délibérée par la Russie de nos capacités de production et de nos sous-stations électriques. Les « activités » de Fico s’accompagnaient d’une active campagne de désinformation anti-ukrainienne en Slovaquie. Des tentatives ont été faites pour diffuser cette information en Europe, mais Bratislava n’a pas pu le faire faute de moyens. De plus, des tentatives d’influence ont été menées en Ukraine, notamment en provoquant le séparatisme chez les Ruthènes de Transcarpathie (ethniquement apparentés aux Slovaques), à l’instar de ce que fait la Hongrie dans la même région contre la minorité hongroise.

Dans leurs politiques anti-ukrainiennes et pro-russes, R. Fico et V. Orbán espéraient tous deux le soutien du président américain Donald Trump. Après tout, même au début de son mandat, il semblait partager des positions similaires. Cependant, en septembre et octobre de cette année, le chef de la Maison Blanche a commencé à réaliser qu’il était impossible de parvenir à un accord avec Poutine. En particulier, il ne pouvait accepter de mettre fin à la guerre russo-ukrainienne sous la pression intense et en raison du soutien apporté à l’Ukraine. Trump a également menacé les pays européens de représailles s’ils ne cessaient pas d’acheter de l’énergie russe. Par ailleurs, les actions de R. Fico ont commencé à entrer en conflit avec les efforts de Trump pour rétablir la paix en Ukraine. Si le président américain hésite à exprimer ouvertement son mécontentement face à la politique du Premier ministre slovaque, cela ne devrait être que temporaire.

La pression sur R.Fico s’intensifie de la part des dirigeants de l’UE et des principaux pays européens. Ils ont déjà exprimé leur mécontentement face à sa politique, estimant qu’elle compromet l’unité européenne en soutenant l’Ukraine et en exerçant des pressions sur la Russie. Cette situation a des conséquences négatives importantes pour l’UE et l’OTAN, car les menaces que la Russie fait peser sur leur sécurité s’accroissent. Cela renforce le rôle et l’importance de l’Ukraine en tant qu’élément clé des systèmes de sécurité européens et euro-atlantiques. Aucune sanction n’a encore été imposée à la Slovaquie, mais il a été averti qu’une telle mesure était tout à fait envisageable.

Par ailleurs, l’UE envisage d’imposer des restrictions supplémentaires aux importations de pétrole russe, notamment une interdiction des approvisionnements via l’oléoduc «Druzhba», qui n’est pas encore soumis à des sanctions. La Slovaquie est directement touchée par les mesures prises par les dirigeants européens pour exclure des processus décisionnels importants de l’UE les États membres qui entravent délibérément son fonctionnement.

La population slovaque a réagi négativement à la politique de R. Fico. En témoignent les manifestations publiques, en particulier contre le projet du gouvernement de supprimer le parquet spécial chargé d’enquêter sur la corruption à grande échelle. De plus, ses actions au niveau de l’État pourraient d’ores et déjà nuire au bien-être de la Slovaquie et au développement de ses forces armées, ainsi qu’aux efforts conjoints déployés avec d’autres pays européens pour garantir leur sécurité.

Des sondages réalisés le mois dernier révèlent un niveau élevé de méfiance parmi les Slovaques envers les hauts responsables gouvernementaux. Ainsi, 28 % des citoyens font confiance à R. Fico, contre 69 % pour les personnes interrogées. Globalement, les données de l’enquête montrent que le gouvernement inspire généralement la méfiance. Une grave crise de confiance s’est installée, aucun des ministres slovaques actuels ne bénéficiant d’une image positive.

Dans ce contexte, R. Fico est contraint de revoir sa position et de rechercher des solutions pour diversifier les importations d’énergie et normaliser les relations avec l’Ukraine.

Du moins, ce sont ses intentions déclarées.

Il n’a pas encore renoncé aux importations de pétrole et de gaz russes, mais a déjà accepté de les remplacer partiellement par des hydrocarbures provenant d’autres sources. La Pologne a proposé son aide à la Slovaquie en la matière. Actuellement, les systèmes énergétiques des deux pays sont interconnectés, permettant à la Slovaquie d’accéder aux terminaux de gaz naturel liquéfié de la Baltique.

Selon R. Fico, il a évoqué cette possibilité avec Donald Trump et le président polonais Karol Nawrocki. Cependant, ces projets ne pourront se concrétiser que si les prix du gaz sont acceptables pour la Slovaquie. En d’autres termes, le Premier ministre slovaque cherche à préserver la possibilité d’une coopération accrue avec la Russie dans le secteur énergétique.

Bratislava a également initié des négociations entre la Slovaquie et l’Ukraine à différents niveaux qui ont abouti à une rencontre entre R. Fico et le président ukrainien V. Zelensky à Oujhorod en septembre dernier. Les discussions ont porté sur les perspectives de développement des échanges commerciaux entre les deux pays, la participation potentielle de l’Ukraine à l’approvisionnement de la Slovaquie en gaz via son réseau de gazoducs connecté au réseau européen, ainsi que sur la reprise de la coopération militaro-technique bilatérale.

Il est encore difficile de déterminer la pertinence et la pérennité des changements de politique de la Slovaquie, notamment à l’égard de l’Ukraine. Cependant, des signes positifs se manifestent déjà. Concrètement, en octobre dernier, Bratislava a annoncé un nouveau programme d’assistance militaro-technique à l’Ukraine. Ce programme comprend cinq véhicules de déminage Bozena et d’autres équipements non létaux, tels que des véhicules d’évacuation sanitaire, des grues mobiles et des excavatrices. L’enquête concernant le transfert d’avions MiG-29 de la Slovaquie à l’Ukraine a également été abandonnée.

De plus, R. Fico a refusé de soutenir l’initiative de V. Orbán visant à créer un bloc anti-ukrainien regroupant la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque. Il cherche ainsi à éviter les conséquences auxquelles Orbán a déjà conduit la Hongrie, la transformant en paria en Europe.

Par ailleurs, grâce à de nouveaux investissements de l’Union européenne, la Slovaquie devient progressivement une plaque tournante du transport pour l’Ukraine. La Commission européenne alloue par exemple 135 millions d’euros à la Slovaquie pour la modernisation de son réseau ferroviaire. Dans le même temps, l’est de la Slovaquie se positionne comme un corridor logistique européen pour l’Ukraine et un espace économique commun. Ainsi, grâce à une étroite coopération avec l’UE en faveur de l’Ukraine, la Slovaquie peut espérer bénéficier d’investissements européens supplémentaires et d’injections financières dans son économie.

Ainsi, la Slovaquie, à l’instar de la Hongrie, demeure une source de problèmes pour l’Ukraine. Cela tient avant tout à l’attitude anti-ukrainienne et pro-russe de Bratislava, qui rappelle celle de Budapest.

La raison de cette politique slovaque réside dans le caractère pro-russe du gouvernement Fico, incapable d’améliorer l’économie du pays par une action efficace et transparente et qui continue de se tourner vers la Russie. Autrement dit, il imite à la lettre les actions du gouvernement Orbán.

Moscou, de son côté, exploite cette situation pour maintenir son influence sur Bratislava et Budapest, tout en tentant d’étendre cette pratique à d’autres pays d’Europe centrale et orientale. La République tchèque est particulièrement concernée, une situation similaire pouvant se produire.

Parallèlement, les dirigeants américains et européens, ainsi que ceux des principaux pays européens, s’opposent à cette évolution. Ils ont déjà fait pression sur la Slovaquie pour qu’elle modifie sa position, recherche des sources d’énergie alternatives à la Russie et rétablisse des relations normales avec l’Ukraine.

En définitive, les événements qui se déroulent en Slovaquie et en Hongrie démontrent l’inévitabilité des conséquences négatives pour tous les pays et leurs gouvernements qui privilégient la coopération avec la Russie et tentent de compenser les lacunes de leurs propres actions, notamment celles liées à la corruption.

 

Oleg Makhno,
Institut de Politique Globale

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