« Fenêtre d’opportunités » entre Washington et Minsk 

« Fenêtre d’opportunités » entre Washington et Minsk : des changements sont-ils possibles ?

Cette question est devenue particulièrement pertinente après la récente visite du représentant spécial du président américain, Keith Kellogg, qui a rencontré Alexandre Loukachenko. Les espoirs des autorités biélorusses quant à la reprise de la coopération avec les États-Unis ont intensifié les discussions sur les perspectives de développement du pays, notamment concernant les menaces potentielles de son absorption par la Russie.

Rappelons qu’après la falsification de les élections présidentielles de 2020, les États-Unis ont imposé des sanctions et des restrictions de visa supplémentaires aux personnes impliquées dans les prétendues « élections » et à la répression contre la société civile.

En 2021, la Biélorussie a décidé de suspendre les activités de l’Ambassade des États-Unis à Minsk et de retirer l’Agrément de l’Ambassadrice J. Fisher, nommée par la suite Envoyée spéciale en Biélorussie (avec poste à Vilnius, en Lituanie). Les États-Unis ont suspendu les activités de leur Qmbassade à Minsk en février 2022 après que la Biélorussie a ouvert son territoire et son espace aérien à l’invasion russe de l’Ukraine.

Depuis lors, les relations biélorusses-américaines, glaciales, n’ont pas atteint le niveau de contacts bilatéraux de haut niveau. La dernière visite de ce type remonte à 2020, lorsque le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo est arrivé à Minsk pour améliorer les relations avec Alexander Loukachenko, dans un contexte de refroidissement de ses contacts avec Moscou.

Les États-Unis ont critiqué à plusieurs reprises le régime d’Alexander Loukachenko pour les violations des droits humains, la répression de l’opposition et l’absence de libertés démocratiques, la persécution des défenseurs des droits humains, des journalistes et des militants, ainsi que pour les conditions de détention des prisonniers politiques. L’administration américaine a imposé des sanctions à des responsables, des entreprises et certains secteurs économiques biélorusses, notamment pour leur soutien à l’agression russe contre l’Ukraine.

Bien que la Biélorussie constitue aujourd’hui une base arrière et logistique à part entière pour les troupes russes dans la guerre contre l’Ukraine, cela n’a pas empêché les États-Unis de contacter la « dernière dictature d’Europe ». Le volet biélorusse n’est pas une priorité pour les États-Unis, mais, compte tenu de la promotion des intérêts américains en Europe de l’Est, cette région revêt une importance stratégique. Le « balcon biélorusse » constitue une tête de pont essentielle entre l’OTAN et la Russie, ce qui en fait un facteur de sécurité majeur, notamment dans le contexte des armes conventionnelles et nucléaires. De plus, la situation géographique du pays est considérée comme un important carrefour économique entre l’Est et l’Ouest.

Il est tout à fait compréhensible que les États-Unis souhaitent aborder avec les dirigeants biélorusses les questions de sécurité internationale en Europe de l’Est, en évaluant les risques d’une éventuelle escalade militaro-politique à court terme, ainsi que la capacité et la volonté de Minsk à garantir sa neutralité en cas d’escalade de l’agression russe.

Pour Minsk, le simple fait de négocier avec un représentant américain est important, car cela renforce dans une certaine mesure la subjectivité internationale du pays et constitue un pas vers la sortie de son isolement international. Bien sûr, des décisions positives de Washington pourraient faciliter les paiements internationaux des entreprises biélorusses, mais la diversification réelle des exportations, de la logistique et des relations économiques extérieures dépend fortement de la qualité des relations entre Minsk et l’UE, ainsi que de la dynamique des relations avec la Russie. En particulier, la levée des seules sanctions américaines, sans lever les restrictions européennes, simplifierait hypothétiquement l’accès aux marchés du Sud Global, mais laisserait la Biélorussie dépendante de la logistique d’exportation d’engrais potassiques via la Russie.

Les États-Unis n’ont pas encore pris de mesures pour modifier leur politique de sanctions à l’égard de la Biélorussie. La position ferme de la Lituanie et de la Lettonie concernant les sanctions contre les engrais potassiques biélorusses indique que Washington ne cherche pas à faciliter une solution à ce problème en faveur de Minsk.

Les Autorités biélorusses tentent d’établir un dialogue avec l’Occident, évitant les réformes politiques, la poursuite des répressions et la résolution de la crise migratoire aux frontières. Cependant, le volume de concessions affiché par les dirigeants biélorusses ne semble pas suffisant pour changer la situation, compte tenu des défis à venir, notamment en ce qui concerne les Manœuvres stratégiques « Zapad-2025 » et l’incertitude qui y est associée (la Biélorussie a annoncé qu’elle n’excluait pas une modification partielle du lieu des exercices « Zapad-2025 », qui devaient être déplacés plus à l’intérieur des terres).

Les dirigeants militaro-politiques biélorusses continuent d’ignorer le contexte régional lorsqu’ils évaluent les actions des pays occidentaux, témoignant ainsi d’une réticence à chercher des solutions au « dilemme sécuritaire ». Ils persistent dans leur ligne directrice, celle de la loyauté envers le Kremlin et sa politique étrangère et de défense. Une telle politique, en matière de défense comme dans d’autres domaines, dévalorise les efforts déployés parallèlement à la « normalisation » des relations avec les pays occidentaux, car elle confirme la réticence et/ou l’incapacité de Minsk à perdre son statut d’allié militaire de la Russie.

Le territoire biélorusse demeure objectivement une source de menaces pour l’Ukraine et les pays de l’OTAN. La construction d’une usine biélorusse-russe de production de drones a déjà débuté en Biélorussie. La Russie continue d’utiliser l’espace aérien biélorusse pour ses frappes contre l’Ukraine, malgré les efforts des responsables biélorusses pour se distancier de ce rôle de « couloir » de bombardements russes sur le territoire ukrainien.

L’évolution du discours et de la compréhension de la dynamique du conflit russo-ukrainien par l’administration américaine pourrait modifier considérablement le contexte des négociations biélorusses-américaines. Actuellement, le processus de « normalisation » des relations entre la Biélorussie et les États-Unis se déroule dans un contexte de tensions entre la Fédération de Russie et les États-Unis, ce qui accroît les risques pour Minsk, lié à son soutien à l’agression russe contre l’Ukraine. Il s’agit, en premier lieu, du risque d’une pression accrue de l’UE et des États-Unis sur les sanctions, et du risque potentiel d’entraîner la Biélorussie dans une guerre contre l’Ukraine, que le Kremlin entend poursuivre.

Pour l’instant, les perspectives d’amélioration de la situation pour la partie biélorusse dans le contexte actuel semblent extrêmement faibles, principalement en raison de l’incapacité de Minsk à prendre ses distances significatives avec Moscou. Le pic des négociations avec la partie américaine a eu lieu au moment de la libération des prisonniers politiques, après quoi l’intensité des contacts a diminué. Parallèlement, la logique du processus diplomatique biélorusse-américain exige que les prochaines étapes du développement de la coopération soient plus significatives que les précédentes. Si, lors des négociations de Minsk, la Biélorussie a joué le rôle de plateforme de négociation pour le règlement du conflit russo-ukrainien, son rôle est désormais réduit à celui de couloir d’échange de prisonniers de guerre entre l’Ukraine et la Russie. A. Loukachenko n’a pas d’autre choix pour influencer le cours des négociations, car la Biélorussie n’a aucune possibilité de participer à de telles négociations au niveau international, le pays ayant fermement établi son statut de co-agresseur de la Russie dans la guerre contre l’Ukraine.

Le chargé d’affaires de la Biélorussie aux États-Unis, P. Shidlovsky, a déclaré que l’Ambassade menait un dialogue avec la communauté américaine des experts et des organisations humanitaires, ainsi qu’avec les organisations publiques. Cependant, les questions fondamentales de la normalisation des relations, notamment l’échange d’Ambassadeurs, ne sont pas abordées. A. Loukachenko a lui-même reconnu le manque d’intérêt de l’Occident pour la coopération avec la Biélorussie, ce qui, selon lui, nécessite un approfondissement de la coopération avec la Fédération de Russie dont l’un des domaines clés est la coopération dans le domaine militaro-industriel. Le soutien de Loukachenko à l’escalade de la Russie devient une condition de sa survie politique, mais le prive de toute possibilité d’obtenir des changements positifs dans le dialogue biélorusse-américain.

Maria Gutsalo,
experte, docteur es sciences politiques

(Keith Kellogg s’est entretenu avec le dirigeant biélorusse Alexander Lukashenko.
Source de la photo : https://tsn.ua/)

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