L’Alliance Nord-Atlantique. Visions déformées et nature réelle de l’OTAN
Partie 1
Les efforts de la Russie pour discréditer l’OTAN, ainsi que la méconnaissance par de nombreux experts de la véritable nature de cette organisation, contribuent à une perception négative de l’Alliance au sein de la société ukrainienne.
Cela nuit à l’Ukraine, car cela sape la confiance du public envers l’Alliance, son principal allié dans la guerre contre la Russie et garant de la sécurité ukrainienne à l’avenir.
Dans ce contexte, une évaluation est proposée du véritable rôle de l’Alliance nord-atlantique et de ses activités, ainsi que du rôle et de la place de l’Ukraine dans le nouveau système de sécurité européen et euro-atlantique.
Récemment, la Russie, recourant à des provocations contre les pays de l’OTAN et de l’UE, a activement utilisé des drones et des avions militaires. Cela soulève des questions sur l’efficacité de l’Alliance et sa capacité à défendre ses membres, y compris l’Ukraine si elle adhère. Parallèlement, de nombreux responsables politiques et experts critiquent l’Alliance, affirmant qu’elle perd de son efficacité. Ils affirment que :
- L’OTAN et les dirigeants des États membres craignent une éventuelle confrontation militaire directe avec la Russie et, par conséquent, ne répondent pas à ses provocations. Le même scénario pourrait se produire en cas d’agression russe directe, notamment contre de nouveaux membres de l’Alliance ;
- L’Alliance ne dispose pas des capacités suffisantes pour repousser une éventuelle attaque russe, pourtant supérieure en termes de potentiel militaire. Cette situation deviendra critique si le président américain Donald Trump parvient à réduire la responsabilité des États-Unis dans la sécurité européenne ;
- L’OTAN ne sera pas en mesure de réagir instantanément à une intervention militaire russe, car ses actions requièrent coordination et respect de certaines procédures bureaucratiques, qui sont assez complexes. De plus, le déploiement des troupes de l’OTAN vers les positions avancées prendrait un temps considérable, ce qui permettrait aux forces russes d’occuper les pays voisins ;
- Comme l’a démontré l’incursion de drones russes dans l’espace aérien polonais dans la nuit du 9 au 10 septembre, le système de défense aérienne de l’OTAN est inefficace. Il en va de même pour d’autres composantes militaires de l’Alliance, qui manquent d’expérience du combat moderne. Dans ce contexte, certains concluent que l’Ukraine ne devrait pas compter sur l’aide de l’Alliance et qu’une adhésion à celle-ci est généralement déconseillée. Ils affirment que cela serait extrêmement dangereux pour notre pays, surtout tant que la Russie poursuit sa guerre contre l’Ukraine. Et même après la fin de celle-ci, les menaces militaires russes contre l’Ukraine persisteront.
Mais en réalité, ce n’est pas le cas. L’OTAN a incontestablement des problèmes, mais les dirigeants de l’Alliance y remédient en étroite coopération avec l’UE et avec l’aide de l’Ukraine qui possède déjà une expérience concrète et relativement récente de la confrontation avec la Russie. Les experts de l’OTAN et de l’UE évaluent l’évolution de la situation avec objectivité, ce dont tiennent compte les dirigeants de ces organisations. C’est précisément sur cette base que reposent les décisions pertinentes et les mesures prises pour les mettre en œuvre. Examinons-les donc plus en détail.
1. Perception par l’OTAN et l’UE des défis et des menaces pour leur sécurité, notamment dans les domaines militaire et autres.
Comme chacun sait, la Russie, avec sa politique étrangère agressive, constitue la source la plus dangereuse de menaces militaires pour le monde occidental.
Pour mettre en œuvre cette politique, elle recourt à la force. La guerre déclenchée contre l’Ukraine et les tentatives russes de chantage envers les États-Unis et l’Europe, y compris les menaces d’utilisation d’armes nucléaires, en sont la preuve.
Autrefois, ces menaces nucléaires de Moscou constituaient un puissant moyen de dissuasion pour les États-Unis et l’Europe, qui n’ont donc pas tenté d’exercer de pressions sur la Russie pour éviter des tensions excessives. La situation est quelque peu différente aujourd’hui.
Bien sûr, l’Occident prend en compte les armes nucléaires russes. Cependant, il estime que la probabilité de leur utilisation effective est faible, même sous un pouvoir d’État russe aussi faible que celui du régime de Poutine. Quelle que soit la menace que représente ce régime pour les États-Unis et l’Europe, il semble conscient qu’une frappe nucléaire de représailles de leur part le détruirait inévitablement, lui et la Russie. Il en va de même pour son entourage. Et la Chine dont la Russie est totalement dépendante, ne lui permettra pas d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Ukraine.
Ces changements sont confirmés par le rejet manifeste par le président américain Donald Trump de la proposition du dictateur russe Poutine d’entamer des négociations sur la prolongation du nouveau traité AOS-3 (armements stratégiques offensifs) qui porte sur le contrôle et la réduction des armes nucléaires. Poutine a ainsi tenté d’engager le dialogue avec la Russie tout en excluant l’Ukraine. Il n’y est pas parvenu.
Selon les experts militaires des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE, la probabilité d’une attaque russe contre l’Europe au moyen d’armes conventionnelles est actuellement assez faible. La Russie manque de ressources militaires pour une telle action, la plupart de ses pays étant déjà engagés dans la guerre contre l’Ukraine. L’ampleur des manoeuvres stratégiques de cadres «Zapad-2025» organisés en septembre 2025 entre les forces armées russes et biélorusses, en est la preuve. Ils étaient nettement plus modestes que les précédents exercices de ce type. Selon Poutine, le nombre de participants à l’exercice était de 100 000, alors qu’en réalité, pas plus de 30 000, militaires biélorusses compris, n’y ont pris part.
Cependant, les experts occidentaux n’excluent pas la possibilité d’une agression militaire russe contre l’Europe d’ici 5 à 7 ans, même si la Russie remporte la victoire sur l’Ukraine ou parvient à mettre fin à la guerre selon ses propres conditions (y compris la levée d’au moins une partie des sanctions). Cela permettrait à la Russie de reconstruire son économie et ses forces armées et d’accumuler un potentiel suffisant pour une nouvelle expansion militaire en direction de l’Europe.
Cependant, une telle perspective est une question d’avenir. Actuellement, la principale menace posée par Moscou est considérée comme l’intensification de sa guerre hybride contre l’Europe et, dans une certaine mesure, contre les États-Unis, tentant ainsi de compenser l’insuffisance de sa puissance militaire. La Russie cherche notamment traditionnellement à corrompre les responsables politiques occidentaux et à exploiter l’intérêt des entreprises américaines et européennes à coopérer avec elle. Elle aura également inévitablement recours à une influence subversive en matière d’information, soutenant les forces prorusses, anti-ukrainiennes, de gauche et d’extrême droite en Europe et aux États-Unis, et mènera des cyberattaques.
Des provocations sont également perpétrées contre les pays de l’OTAN et de l’UE, telles que des violations de leurs frontières aériennes et maritimes par des avions et des navires de combat russes. Cependant, jusqu’à récemment, ces provocations sont restées limitées. De plus, les services de renseignement russes et biélorusses tentent ostensiblement de franchir la frontière biélorusse avec la Pologne et la Lituanie, recrutant des migrants dans des régions du monde en proie à des troubles.
Actuellement, les activités russes mentionnées ci-dessus s’accompagnent du brouillage des signaux GPS et de l’endommagement délibéré des réseaux câblés des pays de l’OTAN et de l’UE longeant le fond de la mer Baltique. De ce fait, les pays européens connaissent des problèmes de communication qui entraînent inévitablement d’importantes pertes économiques. De plus, des catastrophes mortelles peuvent survenir. L’incident de l’avion transportant la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 1er septembre, en est la preuve : ses pilotes ont été contraints de décoller et d’atterrir sans GPS en raison d’une panne de réception.
L’objectif de Moscou dans ces guerres hybrides est d’affaiblir l’OTAN et l’UE en compromettant la stabilité de leurs États membres, en provoquant des discordes entre eux et en influençant leurs politiques par l’intermédiaire du lobby russe. Malheureusement, la Russie atteint ses objectifs, comme en témoignent, par exemple, les positions des dirigeants hongrois et slovaques qui, sous l’influence de Moscou, défendent ouvertement ses intérêts au sein de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne.
La Chine est considérée comme une autre source importante de menaces pour les États-Unis et l’Europe. Cependant, ces derniers la perçoivent, pour ainsi dire, sous des angles différents.
Ainsi, les États-Unis la perçoivent comme un concurrent géopolitique et un adversaire militaire au niveau stratégique (dans les domaines des missiles et du nucléaire) et dans la région Asie-Pacifique (l’Indo-Pacifique, selon leur interprétation américaine). Pour l’Europe, la Chine n’est qu’un concurrent, considéré comme le leader d’un monde totalitaire. Parallèlement, la Chine soutient la Russie, ce qui lui permet de poursuivre sa guerre contre l’Ukraine et d’intensifier sa confrontation avec l’Occident. La Chine détourne ainsi l’attention des États-Unis du théâtre d’opérations Asie-Pacifique pour la concentrer sur le théâtre d’opérations militaires européen. C’est ce qui, et non les « lubies » de Trump, justifie sa conception de la nécessité de renforcer la responsabilité de l’Europe pour sa propre sécurité, ce qui améliorerait considérablement les capacités américaines face à la Chine. Et ce, malgré le fait que la Chine développe et modernise activement son potentiel militaire.
Cependant, selon certaines estimations, Trump pourrait décider de diviser le monde avec Xi Jinping en établissant un partenariat stratégique entre les États-Unis et la Chine. Autrement dit, il décidera de revenir à la politique de son prédécesseur, Barack Obama. L’abandon par Donald Trump de la guerre tarifaire avec la Chine et le succès des négociations sur un accord commercial en témoignent dans une certaine mesure. La visite du président américain en Chine prévue au début de l’année prochaine, pourrait constituer une étape clé dans cette direction.
Le troisième groupe de menaces pour les États-Unis et l’Europe est constitué par le terrorisme international, les cyberattaques contre les infrastructures critiques, la prolifération des armes nucléaires et des technologies de missiles, la criminalité transfrontalière et la croissance des flux migratoires.
À certains moments, ces menaces deviennent prégnantes. L’exemple le plus révélateur est l’attentat terroriste de grande ampleur perpétré par des extrémistes islamiques contre les États-Unis le 11 septembre 2001. En réponse, les États-Unis ont déclaré la guerre au terrorisme et lancé une opération militaire en Afghanistan pour détruire les foyers d’Al-Qaïda et des talibans.
Dans les années 2010, les extrémistes islamiques ont fortement intensifié leurs activités terroristes en Europe, ce qui est considéré comme une réponse aux opérations militaires américaines menées avec la participation des pays de l’OTAN en Irak et en Libye. Durant cette même période, le flux de réfugiés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord vers l’Europe a considérablement augmenté, provoquant une crise migratoire dans l’UE. Selon de nombreuses estimations, la Russie a provoqué tous ces processus, visant à affaiblir l’OTAN et l’UE.
Ces menaces sont inscrites dans les documents de politique de sécurité des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE, qui guident leurs actions.
À suivre…
Oleg Berezyuk, Georgy Zagorsky, Yuriy Mykhailenko,
Institut de Politique Globale
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