L’OTAN européenne
Après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, il est devenu clair que l’Amérique ne veut plus assumer le rôle de leader du monde démocratique et refuse d’être le garant de sa sécurité. Dans ces circonstances, les dirigeants européens ont déjà ouvertement discuté de la nécessité de créer une alliance de défense indépendante des États-Unis et un nouveau système de sécurité collective européenne.
En outre, après l’invasion armée de l’Ukraine par la Russie, l’Europe a déjà commencé à prendre conscience des défis et des menaces auxquels elle est confrontée en raison de la politique étrangère agressive de la Russie. La nécessité de créer une «OTAN européenne » a récemment été ouvertement déclarée par le leader de la CDU allemande, Friedrich Merz, qui a désormais de réelles chances de devenir le prochain chancelier de l’Allemagne.

L’actuel Premier ministre polonais, Donald Tusk, est également convaincu que le rôle de l’Europe dans la sécurité internationale devrait être beaucoup plus important, et il considère qu’il est inapproprié que «500 millions d’Européens demandent à 350 millions d’Américains de les protéger contre 140 millions de Russes».
L’actuel chef du BND, le service de renseignement extérieur allemand, Bruno Kahl, donne également une évaluation sobre et équilibrée des événements qui se déroulent en Ukraine et dans le monde. Il comprend très bien qu’à la suite de l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, l’Allemagne s’est retrouvée au centre d’une guerre hybride, et que cette guerre est désormais une question centrale pour l’Allemagne. Mais cette question est d’autant plus aiguë que les États-Unis refusent de fournir une aide adéquate à l’Ukraine.

Récemment, Bruno Kahl a accordé une interview à la Deutsche Welle, dans laquelle il a exprimé l’espoir que les gouvernements européens travailleraient ensemble pour protéger l’Ukraine de l’agression armée russe. Il a également déclaré que, face au refus des États-Unis de fournir à l’Ukraine des informations de renseignement, les services de renseignement de l’UE s’efforceront ensemble de tout mettre en œuvre pour que l’Ukraine ne soit pas privée de «vue» et d’«ouïe».
Dans cet entretien, le chef du service de renseignement extérieur allemand ne cache pas que son agence est parfaitement consciente de tous les défis et de toutes les menaces auxquels la Russie est actuellement confrontée. «Le véritable objectif de Poutine n’est pas seulement l’Ukraine, mais la construction d’un nouvel ordre mondial», déclare Bruno Kahl. Selon ses prévisions, dans un avenir proche, la Russie tentera de tester l’article 5 de l’OTAN et de prendre le contrôle de l’Europe. Cela pourrait se produire dans 29 ou 30 ans, mais si le conflit militaire en Ukraine prend fin, la Russie pourra utiliser les ressources libérées pour lancer une attaque armée contre les pays occidentaux bien plus tôt.
«Une fin rapide de la guerre en Ukraine permettrait aux Russes d’utiliser leurs propres forces et leur propre énergie pour attaquer l’Occident», conclut Bruno Kahl. C’est cette phrase, sortie de son contexte, que certains médias ont interprétée comme un plaidoyer du chef du renseignement extérieur allemand en faveur de la poursuite de la guerre en Ukraine. En réalité, il n’en est rien. Bruno Kahl ne fait ici que prédire des développements possibles, et une analyse complète de son interview avec la Deutsche Welle permet de conclure que dans la confrontation armée russo-ukrainienne, le chef du service de renseignement extérieur allemand est entièrement du côté de l’Ukraine.

Friedrich Merz, candidat au poste de chancelier allemand, a également adopté une position ouvertement pro-ukrainienne, soulignant à plusieurs reprises la nécessité de créer un système de sécurité collective en Europe indépendant des États-Unis. À cet égard, il a laissé entendre de manière tout à fait transparente que s’il était élu au poste de chancelier de l’Allemagne, il souhaitait étendre de manière significative les pouvoirs des services de renseignement allemands. Il convient de noter que dans le contexte d’instabilité et d’incertitude sociopolitiques mondiales, cette décision est tout à fait rationnelle et équilibrée.
L’invasion armée de l’Ukraine par la Russie et ses tentatives d’étendre son influence en Occident poussent les pays de l’UE à s’unir. «Nous sommes tous dans le même bateau face à la menace de l’Est», conclut Bruno Cal, qui souligne que pour contrer efficacement les défis et menaces actuels émanant de l’Est, tous les pays doivent unir leurs forces.
Et pour créer un nouveau système de sécurité collective en Europe, l’Ukraine peut jouer un rôle clé.
Si les pays de l’UE contribuent à protéger l’Ukraine de l’agression armée russe, cela signifie qu’il n’y aura plus jamais de missiles à tête nucléaire visant Bruxelles sur son territoire. En outre, la pleine intégration de l’Ukraine dans les structures européennes renforcera considérablement son potentiel militaire et politique, ce qui permettra à l’Europe de jouer à nouveau un rôle important dans la politique internationale, l’économie et la sécurité mondiale.
Oleh Bereziuk,
Institut de politique globale