La France a clarifié ses objectifs stratégiques en matière de capacités de défense jusqu’en 2030

Pour gagner la guerre : la France a clarifié ses objectifs stratégiques en matière de capacités de défense jusqu’en 2030

Ces dernières années, la France a été l’un des leaders inconditionnels et constants du groupe des principaux pays européens qui soutiennent l’Ukraine dans sa résistance à l’agression russe et plaident pour la préservation de la paix et de la sécurité mondiales. Selon Emmanuel Macron, la sécurité, la liberté et l’avenir de l’Europe sont étroitement liés au sort de l’Ukraine.

L’agression russe à grande échelle contre l’Ukraine, qui dure depuis trois ans et demi, a modifié les perspectives d’évolution de la situation stratégique sur le continent européen et dans le monde, ainsi que les capacités de défense et de sécurité de la France, afin de répondre de manière adéquate aux défis et aux menaces. Cela nécessite la mise en œuvre de mesures concrètes pour renforcer ces capacités et, plus généralement, l’adaptation de la défense française aux nouvelles conditions défavorables.

Ainsi, en janvier 2025, dans le cadre de son programme d’innovation et de technologies modernes en matière de défense et de sécurité (notamment pour renforcer la cyberdéfense et mettre en œuvre l’intelligence artificielle), le président français s’est rendu au Commandement du soutien numérique et cybernétique des forces terrestres, nouvellement créé. Lors de cette visite, Emmanuel Macron a annoncé sa décision de clarifier et de détailler les orientations stratégiques de développement des capacités de défense et de sécurité. Dans son discours aux forces armées, le chef de l’État a dressé le bilan de la situation actuelle, en mettant l’accent sur les missions de l’armée et l’importance du développement et de la mise en œuvre d’outils technologiques de pointe.

Il a également attiré l’attention des militaires et de l’industrie de la défense sur la nécessité de renforcer leurs capacités pour faire face aux défis et menaces modernes. Il a également souligné que les fonds alloués aux besoins de défense étaient insuffisants compte tenu de la situation sécuritaire, la France étant « en première ligne face aux menaces ». Le chef de l’État a souligné que, ces dernières années, de nombreux efforts ont été déployés pour se doter de l’armée la plus puissante d’Europe, mais que cela reste insuffisant pour répondre efficacement aux défis sécuritaires actuels.

Dans ce contexte, E. Macron a demandé au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationales (ci-après dénommé SGDSN [1]) de lui soumettre une Revue stratégique nationale révisée (ci-après dénommée RNS [2]). Le nouveau document, selon le Président, devait définir les contours de la défense et les orientations du réarmement de l’armée, ainsi que la préparation morale et psychologique de la nation à agir en faveur de la défense et de la sécurité de l’État. E. Macron a également chargé le ministre des Armées de mobiliser les efforts pour mettre à jour les capacités de défense et développer la Base industrielle et technologique de défense (ci-après dénommée BITD [3]) afin d’adapter les forces armées aux menaces actuelles.

Le RNS-2025, clarification et spécification des orientations de développement des capacités de défense

Le RNS-2025 a été publié le 14 juillet 2025, à l’occasion de la fête nationale de la République française. À cette occasion, le communiqué du SGDSN a indiqué que tous les ministères, scientifiques et groupes d’analyse avaient été impliqués dans l’élaboration du document, et que des consultations avaient été menées auprès de commissions parlementaires spécialisées.

Le RNS-2025 est une version actualisée du RNS-2022. Cela est compréhensible, car les documents stratégiques ne sont pas sujets à des modifications radicales fréquentes. La deuxième partie du RNS-2025 est intitulée : « Ambitions actualisées pour 2030, fondées sur des forces et des moyens adaptés (à la situation actuelle) ». Elle définit 11 objectifs stratégiques (dont 10 sont clarifiés et un ajouté, voir ci-dessous) de la stratégie de défense de la France. La formulation du onzième objectif stratégique du RNS-2025 est également présentée comme un élément de mise à jour du document précédent.

Les principales dispositions du RNS-2022 relatives aux problématiques et aux axes de développement des capacités de défense ont été élaborées en tenant compte des défis et des menaces engendrés par l’agression russe contre l’Ukraine.

Cependant, après la publication du RNS-2022, les problèmes de sécurité et de défense se sont aggravés en raison de la poursuite d’une guerre ouverte en Europe et de la forte complication de la situation au Moyen-Orient. Cette dernière s’accompagne de la confrontation israélo-iranienne et de l’implication des États-Unis. Un défi supplémentaire a été posé par l’évolution des capacités de l’OTAN face aux menaces (selon le RNS, les relations entre les membres de l’Alliance sont dans une phase d’incertitude) en raison de la position de la nouvelle administration américaine et de la montée des ambitions chinoises dans la région indo-pacifique. L’absence de progrès dans les actions de la Russie, de l’Iran et de la Chine pour mettre fin à l’agression contre l’Ukraine, leur rhétorique agressive entraînant la Corée du Nord dans des conflits, ainsi que les tentatives des régimes dictatoriaux de renforcer les liens entre alliés – tout cela s’inscrit dans un contexte d’affaiblissement des capacités de défense des pays de l’Occident. Cela s’explique par une réduction significative des dépenses de défense après l’effondrement de l’URSS et par la longue période de « sommeil stratégique » de l’Europe avant l’attaque russe contre l’Ukraine. Tous ces facteurs ont évidemment incité les dirigeants français à actualiser leur document doctrinal stratégique pour tenir compte des conditions actuelles.

L’expansion de la Russie en Afrique (principalement dans sa partie francophone) a également été un facteur important de clarification des ambitions stratégiques de la France. Suite à ces actions du Kremlin, Paris a perdu ces dernières années des positions dans un nombre important de pays qui étaient considérés, sinon comme des alliés, du moins comme des partenaires. C’est pourquoi le RNS-2025 comporte une sous-section « Introduction », absente en RNS-2022, qui explique la nécessité de clarifier les orientations stratégiques de défense du pays.

Il convient de noter que le RNS-2022 constituait également une correction des visions doctrinales similaires de 2017 et 2021. Il a même été souligné qu’il décrivait le nouveau contexte international créé par la guerre en Ukraine. Cependant, son objectif principal était de préparer le terrain pour clarifier la loi sur la planification militaire (ci-après dénommée LPM [4]), alors en vigueur et couvrant la période de financement de la défense 2019-2025. Par conséquent, en 2023, une nouvelle LPM 2024-2030 a été adoptée, clarifiant les dépenses de défense pour cette période. Il est prévu qu’après l’adoption de la RNS-2025, l’actuelle LPM 2024-2030 soit également mise à jour dans le sens d’une augmentation du financement de la défense.

Idées et orientations clés pour le renforcement des capacités de défense

Le ministère français des Armées a qualifié le RNS-2025 de feuille de route en matière de défense et de diplomatie, garantissant la capacité du pays à défendre sa souveraineté et à assurer sa pérennité, y compris face aux menaces russes.

Le ministère de la Défense a souligné l’intensification des actions hostiles de la Russie en matière d’intimidation nucléaire, de cyberattaques et de sabotage. La menace russe est désormais sans précédent pour les intérêts de la France et de ses alliés et partenaires.

Le Service d’information du gouvernement a quant à lui cité la conclusion du RNS-2025 selon laquelle, d’ici 2030, la principale menace pour la France et les pays européens sera une guerre ouverte contre le « cœur de l’Europe ». Cela implique une implication significative des forces armées françaises hors du territoire national qui s’accompagnera d’une augmentation massive des attaques hybrides sur le territoire français et contre les intérêts français dans le monde.

Outre la Russie, le RNS 2025 prend également en compte les défis sécuritaires posés par d’autres acteurs étatiques tels que l’Iran, la Chine et la Corée du Nord. La France démontre ainsi sa détermination à être prête, matériellement et moralement, d’ici 2030 pour relever les défis et remporter une guerre majeure de haute intensité avec ses alliés et partenaires.

Dans son discours aux armées françaises du 13 juillet 2025, Macron a souligné avoir fait de la défense une priorité dès les premiers jours de sa présidence. Selon lui, l’armée française est actuellement une structure solide, mais son modèle doit être amélioré. Parmi les points problématiques, il a également mentionné le manque de munitions, le besoin de drones, le renforcement de la défense aérienne et de la guerre électronique, ainsi que le développement des capacités et des réserves spatiales.

Pour répondre à ces nombreux défis et concrétiser l’ambition de développer les capacités de défense d’ici 2030, le RNS 2025 propose de se concentrer sur quatre priorités principales :

  1. La défense et la protection de la France, de ses territoires d’outre-mer et de ses citoyens.

La mise en œuvre de cette priorité repose avant tout sur la dissuasion nucléaire, principal atout et symbole de l’indépendance française.

  1. La défense de l’Europe, notamment par la dissuasion nucléaire.

La France est capable de s’engager dans un conflit de haute intensité, si nécessaire, dans le cadre de la coalition de l’OTAN. À cet égard, elle encourage le processus d’intégration de l’Ukraine et de la Moldavie à l’Union européenne.

  1. Assurer sa sécurité, protéger ses intérêts et ceux de ses alliés non européens dans le cadre de partenariats renouvelés dans la zone s’étendant de la Corne de l’Afrique, du golfe de Guinée à l’océan Indien.
  2. Promouvoir la stabilité dans la région indo-pacifique.

À cette fin, la France doit être en mesure d’accroître sa présence dans les départements et régions d’outre-mer français en redéployant des forces françaises lors d’opérations expéditionnaires.

Afin de mettre en œuvre les priorités susmentionnées, le RNS-2025 définit onze objectifs spécifiques :

  1. Le développement de capacités de dissuasion nucléaire, qui doivent être fiables et souveraines, constitue le fondement de la politique de défense.
  2. Assurer la résilience de la France et de ses territoires d’outre-mer. La France doit être capable de faire face aux crises internes (pandémies, criminalité, terrorisme).
  3. Développer l’économie pour assurer sa préparation au combat. Le potentiel industriel français (capacité à accroître rapidement la production de produits de l’industrie de défense) et le potentiel étatique (résilience des institutions étatiques) doivent correspondre aux besoins des forces armées en cas de conflit majeur hors de France.
  4. Développer les cyberforces. S’assurer qu’elles peuvent mettre en œuvre des stratégies rendant les cyberattaques trop coûteuses pour les intrus.
  5. Maintenir les liens transatlantiques, dont la solidité et l’efficacité sont extrêmement importantes, notamment face aux menaces russes.
  6. Renforcer les capacités de défense européennes dans les domaines de haute technologie.
  7. Activer la coopération internationale. La France doit proposer une nouvelle gamme de partenariats, notamment en Afrique.
  8. Renforcer les capacités de renseignement. Les services de renseignement doivent contribuer à la défense de la France et à la lutte contre les menaces qui portent atteinte à l’unité nationale.
  9. Maîtriser la situation, garantir l’initiative et la détermination des actions dans les sphères hybrides (principalement le cyberespace, la sphère de l’information, l’économie, le droit, les opérations militaires).
  10. Disponibilité de ressources militaires et de défense suffisantes. La France doit préserver sa liberté d’action, si nécessaire.
  11. Accent mis sur l’excellence académique et scientifique, qui doit contribuer à la préservation de la souveraineté de la France et de l’Europe.

Outre les objectifs susmentionnés, la France entend s’adapter à la situation géopolitique instable.

III. RNS-2025, prolongement des idées de RNS-2022, prenant en compte le contexte actuel d’évolution de la situation en Europe et dans le monde, ainsi que la forme (structure) de leur présentation.

Structurellement, RNS-2022 et RNS-2025 se composent de trois parties.

Une analyse comparative des documents permet d’affirmer que RNS-2025 est plus approfondi (85 pages de texte contre 43 pages pour le document précédent) en détaillant l’évaluation de la situation stratégique, les orientations et les processus à mettre en œuvre d’ici 2030, ainsi que la liste et les besoins en forces et moyens pour assurer la réalisation des objectifs fixés.

La première partie des deux documents concerne l’évaluation de l’environnement stratégique, des défis et des menaces. Elle est présentée sur 19 pages dans RNS-2025, et sur 9 pages dans le précédent. La principale conclusion est qu’il est nécessaire de se préparer à une guerre que la Russie pourrait déclencher en Europe dès 2030, si elle n’est pas stoppée dès maintenant en Ukraine.

Lors de son discours aux armées françaises le 13 juillet 2025, E. Macron a souligné la menace russe permanente aux frontières de l’Europe, du Caucase à l’Arctique. Il a également cité le général T. Burcard, alors chef d’état-major des armées françaises : « Il s’agit d’une menace préparée, organisée et prolongée à laquelle la France doit être en mesure de faire face.»

Les objectifs stratégiques de développement et d’amélioration des capacités de défense et de sécurité constituent la base du contenu informatif des deux documents. Dans le RNS-2025, ils (11 objectifs, 40 pages de texte) sont exposés dans la deuxième partie, tandis que les objectifs stratégiques du RNS-2022 ont leur place dans la troisième partie (10 objectifs, 15 pages de texte). La deuxième partie du RNS-2022 est intitulée « Défis à relever. Rappel des intérêts de sécurité nationale et réaffirmation des fonctions stratégiques ».

Chaque objectif stratégique du RNS-2025 est présenté en deux parties. Le premier paragraphe analyse les actions menées et la situation dans ce domaine depuis l’adoption du RNS-2022 (résultats obtenus au cours des trois dernières années). Le deuxième paragraphe propose un plan d’action pour atteindre cet objectif stratégique (actions à entreprendre au cours des cinq prochaines années). Cette approche explique l’augmentation globale du volume du texte.

Évolution de la formulation des objectifs stratégiques de développement des capacités de défense et de sécurité de la France dans les RNS-2022 et RNS-2025

(Les caractères gras dans les colonnes 2 et 3 indiquent les différences de formulation des objectifs stratégiques n° 2, 3, 5, 6, 9 et 10)

Objectif stratégique

Formulation de l’objectif stratégique et volume (L.)

Quel devrait être le résultat d’ici 2030 (selon RNS-2025)

RNS-2022

RNS-2025

1

2

3

4

1

Une dissuasion nucléaire crédible et fiable

1 L                                         4 L.

La fiabilité politique, opérationnelle et technique reposera sur deux composantes de la dissuasion : l’air et l’océan. Leur renouvellement est en cours.

2

Une France unie et durable

1,5 L.

Une France unie et durable : Promouvoir le « réarmement » moral de la nation pour surmonter les crises

4,5 L.

La cohésion morale de la nation doit assurer sa résilience face simultanément : a) aux crises internes (pandémies, criminalité organisée, troubles, terrorisme, etc.) ; b) aux actions hybrides. Atteindre cet objectif requiert les efforts de toute la nation.

3

Une économie compétitive fortement axée sur la défense

1,5 L.

Une économie se préparant à la guerre

3,5 L.

Confiance dans l’adéquation de l’économie, de l’industrie et de l’appareil public français aux besoins des forces armées et de sécurité intérieure pour mener une guerre majeure hors du territoire national, avec des répercussions sur le territoire national

Dans cette optique, il est nécessaire de renforcer la soutenabilité budgétaire et l’indépendance financière de la France, notamment par la maîtrise de la dette publique.

4

La cyber-résilience est une priorité absolue

1,5 L.                             4 L.

La France maintient une cyber-résilience qui la maintient constamment parmi les principales cyberpuissances. Outre la poursuite des efforts de prévention et de protection, cet objectif se caractérise par la mise en œuvre de stratégies proactives qui devraient rendre les cyberattaques particulièrement coûteuses pour les attaquants.

5

La France est un allié modèle dans l’espace euro-atlantique

1,5 L.

La France est un allié fiable dans l’espace euro-atlantique

3 L.

Les liens transatlantiques demeurent d’une importance capitale pour la sécurité de l’Europe et de la France. Le rôle de la France en tant qu’allié fiable dans la défense de l’Europe, notamment face à la Russie, s’inscrit dans le cadre d’une orientation européenne renforcée et équilibrée.

6

La France est l’un des moteurs de l’autonomie stratégique européenne

2 L.

La France est le moteur de l’autonomie stratégique européenne

4,5 L

Renforcer les capacités de défense européennes dans les domaines technologique, opérationnel et capacitaire, ainsi qu’en matière de résilience européenne, notamment dans le secteur énergétique. L’Europe doit être capable de défendre ses intérêts de manière autonome si nécessaire.

7

La France est un partenaire fiable en matière de souveraineté et garant d’une sécurité fiable

2 L.                                    3,5 L.

Approfondir et diversifier la coopération internationale. Cela implique de développer de nouveaux partenariats en Afrique, de renforcer l’engagement de la France au Proche et Moyen-Orient, de promouvoir la sécurité des espaces communs et la stabilité régionale en Méditerranée et en mer Rouge, et de renforcer la coopération dans la région indo-pacifique. L’intégration et le rôle des territoires d’outre-mer français seront renforcés dans ce contexte, dans le cadre d’un partenariat régional.

8

Autonomie garantie dans l’évaluation de la situation et indépendance décisionnelle

1 L.                                   2,5 L.

Développement des capacités et des moyens de renseignement de l’État. Sur le territoire national, les services de renseignement participeront activement à la réponse aux menaces qui compromettent la stabilité et la cohésion de la nation. Le renforcement de la prospective départementale et interdépartementale permettra également de prévenir les événements lorsque cela est possible et d’élaborer des plans en fonction des scénarios anticipés. Renforcer la réflexion stratégique de la France et activer l’intégration des acteurs de la recherche stratégique aux travaux nationaux sur les questions de défense et de sécurité.

9

Capacité à se défendre et à opérer dans des sphères hybrides

1 L.

Capacité à opérer dans des sphères hybrides

3 L.

Face aux menaces hybrides, la France doit être en mesure de dissuader ses adversaires (notamment la Russie) de poursuivre des stratégies hybrides. L’organisation de la défense et les capacités de réaction de l’État seront renforcées, nécessaires pour contenir l’escalade, notamment dans cinq domaines prioritaires : cyberespace, sphère informationnelle, droit, économie et opérations militaires.

10

Liberté d’action et capacité à mener des opérations militaires, y compris de haute intensité, dans tous les domaines (environnements et secteurs variés)

2 L.

Capacité à décider et à participer aux opérations militaires

4 L.

La France doit disposer de forces militaires capables de préserver sa liberté d’action et de défendre ses intérêts en toutes circonstances. Les forces armées doivent protéger les Français des agressions extérieures et participer à leur défense sur le territoire national et au-delà. Elles doivent être équipées pour cela et démontrer la crédibilité et la détermination nécessaires pour gagner une guerre avant qu’elle ne commence et, si nécessaire, pour s’engager et gagner un conflit de haute intensité. Les forces armées doivent s’appuyer sur un modèle cohérent et capable de s’adapter plus rapidement que celui de l’adversaire. Le réarmement engagé en 2017 doit se poursuivre et s’accélérer jusqu’en 2030.

11

L’excellence académique, scientifique et technologique au service de la souveraineté française et européenne

4,5 L.

Face à l’accélération des développements scientifiques et technologiques et à leur utilisation généralisée par les concurrents et les adversaires, la France doit mettre l’excellence académique, scientifique et technologique au service de la défense de la souveraineté nationale et européenne.

 

15 L.

36,5 L. + 4,5 L. (Objectif № 11) = 40 L.

Dans les deux documents, la présentation des objectifs stratégiques est globalement identique. Cependant, dans certains cas, leur formulation dans le RNS-2025 est plus proche de la situation actuelle et privilégie la préparation de l’État à la guerre (voir tableau). Par exemple, l’objectif n° 3 : dans le RNS-2022, « Une économie compétitive axée sur la défense » ; dans le RNS-2025, « Une économie se préparant à la guerre ».

Il convient de noter que l’ordre de présentation des objectifs est fonction de leur importance pour l’état actuel de la Défense française. Parallèlement, certains aspects de leur formulation sont soulignés : les intentions d’accroître les capacités purement militaires (force de frappe/de feu, manœuvre, protection), énoncées dans le premier (développement des forces de dissuasion nucléaire) et le dixième (développement des forces conventionnelles), y compris le réarmement/l’amélioration des systèmes d’armes que les formations militaires doivent utiliser.

Cependant, le document souligne également que l’action militaire conventionnelle peut s’inscrire dans les mesures de dissuasion, la stratégie de défense étant un ensemble holistique dans lequel les forces nucléaires et conventionnelles se soutiennent mutuellement. Par conséquent, le développement des capacités de défense aérienne et antimissile, ainsi que des forces de frappe conventionnelles pour vaincre l’ennemi en profondeur (forces de missiles et artillerie), sont des domaines importants qui renforceront cette interaction.

L’énoncé de l’Objectif n° 9 concernant les plans visant à garantir la capacité de contrer les menaces hybrides (en particulier les opérations militaires) a suscité des critiques de la part des experts de l’Institut Montaigne, qui ne considèrent pas l’action militaire comme un élément de la guerre hybride en tant que telle. Dans le même temps, ils s’accordent à dire que le RNS-2025 formule à juste titre sa propre définition du concept de guerre hybride qui désigne le recours par un acteur étranger à une combinaison intégrée et intentionnellement ambiguë d’actions militaires et non militaires, directes et indirectes, légales et illégales, difficiles à suivre. En d’autres termes, l’agression hybride (guerre), selon le RNS-2025, implique une phase militaire. Ce fut le cas en Géorgie, où la Russie a mené une guerre hybride. Celle-ci a commencé par des opérations de déstabilisation et de coercition, suivies d’une invasion militaire. Moscou a utilisé à peu près la même stratégie hybride en Ukraine, en Crimée et dans le Donbass entre 2014 et 2022. Cependant, selon les experts susmentionnés, le concept de guerre hybride, qui implique nécessairement le recours à des moyens militaires, dans ces cas, c’est-à-dire avant une invasion à grande échelle (comme en Géorgie et en Ukraine), devrait être remplacé par celui de « conflit en temps de paix » pour désigner les actions hostiles d’un État qui ne constituent pas une opération militaire au sens strict du terme, puisqu’elles sont menées avant le début d’une confrontation armée à grande échelle [5].

La présentation des objectifs est structurée en tenant compte de la logique de la stratégie de défense de l’État, maintes fois exprimée par Emmanuel Macron avant même la publication du RNS-2025, et reflétée dans l’objectif n° 10 : « Gagner la guerre avant qu’elle ne commence ».

Bien que cette « formule » soit mentionnée directement dans l’objectif n° 10, sa mise en œuvre devrait être assurée d’ici 2030 par les capacités prévues par les objectifs n° 1 à 9, et même par l’objectif n° 10.

L’ensemble de ces éléments devrait stopper un ennemi potentiel et le contraindre à abandonner ses plans d’agression. Des forces armées puissantes (conventionnelles), qui devraient être dotées d’ici 2030 de capacités opérationnelles élevées, comme indiqué dans l’objectif n° 10, jouent également un rôle important dans la dissuasion. Cependant, leur tâche principale sera d’assurer une protection fiable de l’État en cas d’agression ouverte contre le territoire national (ce qui est toutefois considéré comme peu probable), ainsi que contre les intérêts nationaux au-delà de ses frontières.

Dans le cadre du renforcement des capacités des Forces armées (Objectif n° 10), une attention particulière sera accordée aux munitions, aux systèmes sans pilote, à la défense aérienne, à la lutte anti-drone, à la guerre électronique, aux dégâts causés par les tirs en profondeur (y compris la capacité de frappe avec des missiles conventionnels), au contrôle maritime, à l’aviation de combat et de transport, à la capacité d’assurer le commandement et le contrôle continus des troupes, ainsi qu’au soutien et à l’approvisionnement des forces terrestres.

Le renforcement des capacités dans le domaine spatial comprend l’accélération du déploiement de constellations de satellites en orbite basse pour la surveillance et les communications à haut débit, ce qui devrait améliorer les capacités de renseignement et la fiabilité du commandement et du contrôle des troupes.

Le renforcement des capacités de soutien médical des Forces armées sera réalisé grâce à la fourniture d’équipements et de matériels modernes, ainsi qu’à la coopération avec le ministère de la Santé dans le domaine de la planification de l’accueil d’un grand nombre de blessés sur le territoire du pays en cas d’opérations militaires de grande envergure.

Le renforcement des capacités des forces armées dans les territoires d’outre-mer se fera par la garantie d’un contrôle fiable des territoires souverains et la création de places fortes pour intervenir dans leurs zones de responsabilité et recevoir des renforts en provenance de France.

La troisième partie du RNS 2025, « Moyens et voies », porte sur les moyens spécifiques nécessaires à la mise en œuvre des objectifs stratégiques et à la réalisation des ambitions renouvelées à l’horizon 2030 :

  • Assurer la défense de la nation et renforcer sa cohésion et sa résilience ;
  • Renforcer l’autonomie stratégique et la capacité d’agir de manière souveraine et crédible ;
  • Promouvoir la sécurité européenne et internationale.

Les moyens et voies décrits dans le RNS 2025 seront précisés et déclinés dans des feuilles de route que chaque ministère et service concerné devra approuver dans un délai de six mois. Leur mise en œuvre fera l’objet d’un suivi régulier au niveau interministériel. Si nécessaire, ces feuilles de route seront adaptées à l’évolution des besoins et de la situation.

Le Président de la République devrait s’exprimer en automne 2025 sur les efforts restant à accomplir dans le domaine des réserves et sur les nouvelles formes d’implication de la jeunesse dans la défense.

La planification des dépenses de défense sera ajustée jusqu’en 2030

La réalisation de certains objectifs d’évolution des capacités de défense prévus par le RNS-2025 sera assurée par une augmentation du budget annuel de la défense, ce qui devrait permettre d’accélérer le réarmement. Le 13 juillet 2025, Emmanuel Macron a annoncé l’allocation de 64 milliards d’euros à la défense en 2027 (soit le double de 2017). Selon l’actuelle LPM 2024-2030, ce montant devait être atteint en 2029. De son côté, le ministre des Armées, S. Lecornu, a indiqué que le budget de la défense du pays s’élèverait à 68 milliards d’euros en 2030. Parallèlement, selon lui, pour un développement durable de la défense à long terme, répondant aux défis liés à l’introduction des nouvelles technologies, 100 milliards d’euros par an constitueraient le niveau idéal de dépenses de défense françaises.

Le Président français a souligné l’urgence d’augmenter le budget, faute de quoi, selon lui, le pays « risquerait de ne pas y parvenir à temps ». C’est pourquoi la LPM 2024-2030 sera mise à jour à l’automne 2025. Conscients de la problématique d’une augmentation significative du financement de la défense, les dirigeants français comptent y parvenir non pas au détriment de la dette nationale, mais en augmentant l’activité industrielle. Il est rappelé que l’indépendance militaire de l’État est indissociable de son indépendance financière. Sur ce point, Emmanuel Macron compte sur le soutien de la nation : « … sauver la Patrie suppose que nous dépensions davantage pour la défense et que chacun participe à ces investissements.»

Sergey Muzychenko,
expert en relations internationales

Volodymyr Palyvoda,
expert en relations internationales

(Images sont générées par un réseau neuronal)

Notes :

[1] Acronyme de la dénomination française : Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationales (organe du Cabinet du Premier ministre).

[2] Acronyme de la dénomination française : Revue nationale stratégique.

[3] Acronyme de la dénomination française : Base industrielle et technologique de défense.

[4] Acronyme de la dénomination française : Loi de programmation militaire.

[5] Lors d’une audition au Sénat en juin 2024, le ministre français des Armées, S. Lecornu, a fait état d’une forte augmentation des tentatives d’intrusion physique et informatique dans les entreprises du secteur de la défense et de la défense depuis le début de la guerre de la Russie contre l’Ukraine (voir également l’article « Les entreprises occidentales de l’industrie de défense sont la nouvelle cible du Kremlin » // https://igp.org.ua/publikacii/pidpriyemstva-opk-zaxodu/)

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