Nouveaux contours de la sécurité européenne

Nouveaux contours de la sécurité européenne

Aujourd’hui, il est urgent de créer un nouveau système de sécurité européenne. L’agression armée russe à grande échelle contre l’Ukraine, l’agression non provoquée, commencée en février 2022, elle a détruit les principes et les normes du droit international, elle sapé l’architecture de sécurité européenne existante et modifié les facteurs qui contribuaient à un environnement de sécurité stable perçu en Europe.
Les dirigeants de l’OTAN, ainsi que l’écrasante majorité des États membres de l’UE/OTAN, ont reconnu la Russie comme la principale menace pour la sécurité européenne, qui, selon eux, restera telle qu’elle est au moins à court et moyen terme. Cette disposition est incluse dans leurs documents conceptuels dans le domaine de la sécurité et de la défense.
Quelles que soient les conséquences de la guerre russo-ukrainienne, la Fédération de Russie maintiendra ses objectifs ambitieux de mise en œuvre d’une « revanche géostratégique » pour sa défaite de la guerre froide et de restauration de la sphère d’influence russe en Europe de l’Est, revenant au statut de l’un des pôles mondiaux de puissance. La Russie continuera à adhérer à la voie de l’augmentation de son potentiel militaire, de la militarisation de l’économie et de la société en vue d’une confrontation géopolitique à long terme avec les pays occidentaux. Le Kremlin tentera également de détruire l’architecture de sécurité européenne apparue après la fin de la guerre froide, de réduire la présence américaine sur le continent et de diviser les alliances occidentales (OTAN, UE).
Afin de contrer efficacement l’expansion néo-impérialiste de la Russie en Europe, il est nécessaire de moderniser l’architecture de sécurité européenne existante, qui devrait comprendre trois composantes principales.

I. Renforcer le rôle de l’OTAN avec la participation des États-Unis

 

L’Alliance nord-atlantique demeure pratiquement le seul système de défense collective efficace au monde à court et moyen terme.

Les méthodes de renforcement du potentiel de défense collective devraient être :
  • ● augmentation des frais de défense. Début 2025, tous les pays n’avaient pas encore atteint leur engagement de consacrer 2 % de leur PIB à la défense. Les conditions et les menaces modernes nécessitent déjà d’augmenter ce chiffre. Les États-Unis appellent les pays de l’OTAN à augmenter leurs frais de défense à 5 % du PIB ;
  • ● accéléraiton l’intégration des nouveaux membres de l’organisation dans l’OTAN (Finlande et Suède) ;
  • ● renforcement des forces et moyens de l’OTAN déployés sur le flanc oriental (dans les pays baltes, en Pologne, en Slovaquie, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie). Aujourd’hui, des mesures ont commencé à être prises pour reformater les forces multinationales interarmées de l’OTAN au niveau de la brigade ;
  • ● élargissement de l’échelle et croissance de l’intensité des mesures d’entraînement opérationnel et de combat pour les forces interarmées de l’OTAN. Dans ce contexte, du 13 janvier au 26 février 2025, a eu lieu le premier entraînement à grande échelle de la nouvelle Force de réaction alliée de l’OTAN (NATO Allied Reaction Force) Steadfast Dart 25 (sur le territoire de la Bulgarie, de la Grèce et de la Roumanie ; 10 000 du personnel, 1500 unités de matériles militaires, 20 avions et 17 navires y ont participé).
Une question importante est le maintien de la présence militaire américaine dans la région européenne. Depuis 2017, les États-Unis ont renforcé leur présence militaire en Europe de l’Est, en déployant des forces et des moyens supplémentaires dans le cadre de l’opération Atlantic Resolve (deux brigades de combat blindées, une brigade de combat légère, une brigade d’aviation de l’armée de terre).

II. Renforcement le volet défense de l’Union européenne

La politique étrangère des États-Unis, qui reconsidère (pour la première fois depuis 1945) son rôle traditionnel dans la sécurité européenne, pose à l’UE la tâche de restructurer l’architecture politique et sécuritaire du continent dans un contexte où l’ordre mondial précédent, qui a contribué au développement de l’UE en tant que puissance économique, subit des changements dramatiques. Le refus des États-Unis de jouer un rôle actif dans la sécurité européenne rend le continent vulnérable aux menaces extérieures, principalement de la Russie. L’Union européenne et les pays tiers sont contraints de traiter conjointement des questions stratégiques qui nécessitent un nouveau modèle de coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense, une refonte de l’interaction avec les États-Unis et la création de nouvelles alliances.
Orientations pour renforcer le volet de défense de l’UE :
  • ● formation d’une approche européenne unifiée des questions de sécurité et de défense ;
  • ● renforcement des capacités militaires de l’UE en augmentant les frais de défense et la capacité de production de la base industrielle de défense des pays européens ;
  • ● optimisation de la coopération entre les complexes industriels de défense européens afin d’éliminer leur fragmentation et croissance de l’efficacité des programmes de défense communs ;
  • ● maintient de la coopération transatlantique, même dans des relations difficiles avec les États-Unis ;
  • ● extension par la France des instruments de dissuasion nucléaire aux pays de l’UE ;
  • ● intensification de la coopération avec les pays européens hors UE – Grande-Bretagne, Norvège, Suisse et Turquie ;
  • ● implication des pays extérieurs à la région – Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud et Japon – vers une coopération sur les questions de sécurité européenne ;
  • ● renforcement de la résilience interne (politique, diplomatique et économique) face aux défis externes et internes ;
  • ● réformation du système décisionnel de l’UE dans le domaine de la sécurité et de la défense et suspention du veto des différents pays mettant en œuvre une politique étrangère différente (Hongrie, Slovaquie) ;
  • ● implication de la politique claire concernant le soutien à long terme à l’Ukraine, en mettant l’accent sur l’assistance militaire ;
  • ● nouvelles pressions diplomatiques, économiques et sanctions sur la Russie ;
  • ● formation de nouveaux partenariats stratégiques pour renforcer l’influence de l’UE sur la scène mondiale.
Les défis et menaces modernes nécessitent bien sûr des efforts financiers, militaires et politiques considérables de la part de l’UE, mais ils visent à assurer sa propre sécurité et sa prospérité à l’avenir. La mobilisation du potentiel économique de l’UE et sa transformation en potentiel militaire contribueront à renforcer « l’autonomie stratégique » et la subjectivité de l’UE en matière de sécurité et de défense. Cela renforcera le pilier européen de l’OTAN, assurera une répartition équitable de la charge de défense entre les États-Unis et leurs alliés, et améliorera les capacités conventionnelles des pays européens et leur capacité à maintenir une dissuasion crédible et à long terme contre la Russie.

III. Régionalisation

La dégradation de l’environnement sécuritaire en Europe a mis en avant les questions de formation de nouvelles alliances, associations et plateformes régionales et de renforcement des alliances, associations et plateformes existantes. Pendant la guerre russo-ukrainienne, des plateformes telles que les suivantes jouent un rôle important dans la coordination politique et militaire entre les pays européens afin de soutenir l’Ukraine et de renforcer la capacité de défense de l’Europe :
  • ● Le Nordic-Baltic Eight (NB8) (Danemark, Estonie, Finlande, Islande, Lettonie, Lituanie, Norvège et Suède) ;
  • ● Force expéditionnaire conjointe (JEF – Royaume-Uni, Danemark, Finlande, Estonie, Islande, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Suède et Norvège) ;
  • ● Bucarest Neuf – B-9 (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Hongrie et République tchèque) ;
  • ● Format E5 (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie et Pologne).
  • ● Triangle de Weimar (Allemagne, France, Pologne) ;
  • ● Initiative des Trois Mers (Autriche, Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Hongrie, Croatie, République tchèque).
Dans le contexte de l’inefficacité du système de prise de décision de l’UE et de l’OTAN pour contenir l’agression russe, la possibilité de former de nouvelles coalitions et alliances européennes sur les questions de sécurité et de défense, qui incluraient des pays déterminés, a récemment été discutée au niveau européen. En particulier, la « coalition des volontaires », dirigée par la Grande-Bretagne et la France, qui élabore des plans pour déployer à l’avenir un contingent militaire (avec des composantes terrestres, maritimes et aériennes) d’agression sur le territoire ukrainien, devrait jouer un rôle important dans le contexte de la fin de la guerre russo-ukrainienne. La coalition pourrait potentiellement inclure 35 pays prêts à participer à une mission militaire sur le territoire de l’Ukraine.

Le rôle de l’Ukraine dans la nouvelle architecture de sécurité en Europe

Les menaces croissantes que la Russie et ses alliés font peser sur l’OTAN augmentent considérablement le rôle et l’importance de l’Ukraine pour assurer la sécurité euro-atlantique et mondiale.
Aujourd’hui, l’Ukraine reste un champ de bataille majeur entre démocraties et autocraties, et les conséquences de la guerre entre la Russie et l’Ukraine détermineront l’équilibre général des pouvoirs dans le monde et l’architecture future de la sécurité en Europe.
Il est actuellement impossible d’accroître de manière significative les capacités défensives de l’OTAN et de l’UE sans l’Ukraine, qui est la seule à posséder une expérience militaire unique dans la lutte contre une agression armée à grande échelle d’un État nucléaire et qui possède les forces armées les plus prêtes au combat et les plus nombreuses du continent.
La paix en Europe est donc impossible sans l’intégration de notre État dans les formats de coopération existants et futurs des pays occidentaux.
Pour assurer une paix à long terme, l’Ukraine doit enfin sortir de la « zone grise de sécurité » dans laquelle elle se trouve en raison de l’inefficacité des mécanismes garantissant sa souveraineté et son intégrité territoriale aux termes du Mémorandum de Budapest de 1994, et recevoir de nouvelles garanties de sécurité fiables de la part des pays occidentaux qui empêcheront la reprise de l’agression russe.
Youri Mikhaïlenko,
Institut de Politique Globale

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