Le nouveau système de sécurité euro-atlantique et européenne. 2e partie

Le nouveau système de sécurité euro-atlantique et européenne. 2e partie

 
Le rôle et la place de l’Ukraine dans le nouveau système de sécurité européen et euro-atlantique
L’Ukraine, qui possède les forces armées les plus puissantes d’Europe et l’expérience et la motivation nécessaires pour mener une action militaire contre la Russie, occupe une place prépondérante dans le nouveau système de sécurité européen et euro-atlantique. De ce fait, les États-Unis et l’Europe considèrent l’Ukraine comme un acteur clé pour dissuader l’expansion militaire russe en Europe.
Actuellement, au sein du théâtre d’opérations européen, l’Ukraine fait déjà office de base avancée sur le flanc sud de l’OTAN en Europe centrale, orientale et du Sud-Est, ainsi que dans la région de la mer Noire. Elle protège ainsi efficacement les pays voisins membres de l’OTAN et de l’UE contre les invasions terrestres et les attaques aériennes russes.
Ce facteur est déjà pris en compte dans les plans stratégiques et opérationnels de l’OTAN et des États-Unis. Concrètement, la couverture du flanc sud de l’OTAN par l’Ukraine permet à l’Alliance de redéployer une partie de ses forces vers son flanc nord, notamment dans les régions baltes et arctiques, où une menace réelle d’affrontements militaires directs entre l’Alliance et la Russie est apparue.
Les experts occidentaux estiment que si la Russie vainc l’Ukraine ou met fin à la guerre à ses conditions, elle sera en mesure de reconstituer ses forces en quelques années et d’attaquer les pays baltes, la Pologne ou la Finlande. Le renforcement des forces russes dans le district militaire de Leningrad, et en particulier le renforcement significatif de la 6e armée interarmes et le déploiement d’un nouveau corps d’armée sur son territoire, semblent indiquer le contraire.
Les provocations de la Russie, telles que la violation des frontières maritimes et aériennes des pays de l’OTAN et de l’UE par ses avions, drones et navires, pourraient déclencher des incidents armés et dégénérer en conflits. L’utilisation par la Russie de son aviation et de sa marine pour contrer les efforts des pays baltes visant à bloquer sa « flotte fantôme » constitue une menace similaire. Un facteur supplémentaire de tension militaire est la « guerre hybride » menée par la Russie contre ses adversaires, qui consiste notamment à endommager délibérément les pipelines et les lignes de communication sous-marines, ainsi qu’à brouiller les systèmes de radionavigation.
Le facteur ukrainien est également pris en compte dans le dispositif de défense de l’OTAN en Pologne et en Lituanie. Ainsi, les efforts principaux des forces armées polonaises, des forces conjointes de l’OTAN et du Ve corps d’armée américain se concentrent sur les axes Suwałki (Pologne) – Grodno (Biélorussie), le « passage de Suwałki », et Varsovie – Minsk, où les principales frappes des forces armées russes sont attendues en cas de conflit. L’axe Cracovie – Lviv est considéré comme secondaire, car il est protégé par l’Ukraine. Par conséquent, seules des forces auxiliaires y sont déployées.
Ces circonstances permettent aux États-Unis de réduire progressivement leur présence militaire sur le flanc sud du théâtre d’opérations européen et de réorienter leurs forces vers l’Asie-Pacifique afin de dissuader la Chine. En d’autres termes, l’Ukraine contribue déjà à la poursuite des intérêts géopolitiques des États-Unis.
Ceci est confirmé par les changements survenus dans l’entraînement opérationnel et au combat des forces de l’OTAN et des forces armées polonaises et américaines sur le théâtre d’opérations européen. Plus précisément, le commandement de l’OTAN décrit les exercices menés sur le flanc nord du théâtre d’opérations européen comme une réponse à la montée des menaces militaires russes. Sur le flanc sud, ils s’inscrivent dans le cadre des efforts de l’Alliance pour détourner l’attention et les forces russes des régions baltes et arctiques. Parallèlement, l’ampleur de la participation américaine aux exercices sur le flanc nord demeure inchangée, tandis que sur le flanc sud, elle est légèrement réduite. Dans ce contexte, le récent retrait d’environ 800 Marines américains de Roumanie et de Bulgarie est également à noter.
Dans ces circonstances, l’Europe et les États-Unis ont tout intérêt à maintenir une Ukraine forte, indépendante et européenne, ainsi qu’à son intégration au système de sécurité euro-atlantique et européen, et ils s’y emploient concrètement. Les principaux axes de cette action sont les suivants :
Intégration de l’Ukraine dans les plans stratégiques et opérationnels des forces armées américaines et de l’OTAN. Comme mentionné précédemment, la nature de leurs exercices militaires en témoigne ;
Échange de renseignements. Les États-Unis et l’OTAN fournissent à l’Ukraine des informations stratégiques au plus haut niveau sur les plans et les activités de la Russie, ainsi que des données opérationnelles et tactiques sur les forces armées russes au front et sur les cibles situées sur les lignes de front et à l’arrière. De son côté, l’Ukraine partage évidemment avec ses partenaires occidentaux les informations qu’elle juge pertinentes.
Renforcement de l’intégration des systèmes de défense aérienne ukrainiens et de l’OTAN. Les États-Unis et l’OTAN informent l’Ukraine des décollages et des trajectoires de vol des avions russes à longue portée (stratégiques) depuis les bases aériennes et des tirs de missiles depuis des zones hors de portée des systèmes radar et de reconnaissance électronique ukrainiens. Pour obtenir ces informations, les États-Unis et l’OTAN utilisent des satellites de reconnaissance optique et électronique, ainsi que des avions de surveillance aérienne avancée E-3A AWACS. L’Ukraine notifie aux pays voisins les trajectoires de vol des missiles et drones russes au-dessus de son territoire.
Par ailleurs, le déploiement de moyens de défense aérienne polonais et roumains, ainsi que de leurs partenaires de l’OTAN, est à l’étude afin de détruire les moyens d’attaque aérienne russes au-dessus du territoire ukrainien. Ces plans restent pour l’instant au point mort, l’OTAN et ses États membres cherchant à éviter d’être directement entraînés dans le conflit russo-ukrainien. Cependant, une nouvelle escalade des menaces russes pourrait les contraindre à revoir leur position.
Soutien logistique à l’Ukraine. La Pologne, la Roumanie et, de fait, la Hongrie et la Slovaquie constituent le soutien logistique opérationnel et stratégique de l’Ukraine. La Pologne, en particulier, est la principale plaque tournante des livraisons d’armes à l’Ukraine. La Roumanie offre à l’Ukraine une voie sûre pour ses communications maritimes ; la Hongrie et la Slovaquie servent au transit du gaz et de l’électricité d’Europe vers l’Ukraine.
L’adhésion de l’Ukraine à l’espace paneuropéen de mobilité militaire, également appelé « Schengen militaire », permettra à l’OTAN d’accélérer la fourniture d’une assistance militaire à l’Ukraine si nécessaire.
Le nouveau règlement de l’UE sur la mobilité militaire, soumis au Conseil de l’UE et au Parlement européen le 17 novembre 2025, offre à l’Ukraine des avantages considérables, notamment une infrastructure de transport à double usage améliorée, des règles simplifiées pour le transport de matériel militaire et des procédures de passage des frontières simplifiées à travers l’Europe.
Ces mesures faciliteront le déploiement plus rapide de troupes et de matériel militaire vers les frontières orientales de l’UE et de l’Ukraine et renforceront la résilience des liens logistiques de l’Ukraine avec l’Union européenne.
La mise en place d’une production conjointe d’armements et de matériel militaire est également un axe important. De nombreux projets de ce type sont déjà en cours de réalisation avec les partenaires de l’Ukraine. Dans le cadre de l’initiative danoise, certaines entreprises ukrainiennes se sont implantées dans des pays européens et y opèrent de manière indépendante ou conjointe. Cela permet à l’Ukraine d’accroître sa production de matériel militaire, de développer de nouvelles armes grâce aux technologies occidentales modernes et de sécuriser ses capacités industrielles face aux attaques russes.
L’aide financière apportée à l’Ukraine dans sa confrontation militaire avec la Russie et le renforcement de sa défense constituent un levier important. Depuis le début du conflit, le soutien total de l’Union européenne à l’Ukraine, y compris l’aide militaire fournie par les États membres, s’élève à 66 milliards d’euros. Le soutien financier aux besoins de défense de l’Ukraine se poursuivra à la fois par le biais des fonds européens dédiés et au niveau national des États membres.
Le principal instrument de soutien sera le fonds SAFE (Security Action for Europe). Ce fonds allouera des fonds à la production et à l’acquisition d’armements pour l’Ukraine ainsi qu’au développement de son industrie de défense. Un accord préliminaire a été conclu en vue de la création d’un instrument de soutien spécifique à l’Ukraine, prévoyant l’allocation de 300 millions de dollars pour répondre à ces besoins sur la période 2025-2027, dans le cadre du Programme industriel de défense européen doté de 1,5 milliard d’euros.
Par ailleurs, le financement des besoins de défense de l’Ukraine se poursuivra via la Facilité européenne pour la paix. Comme précédemment, les ressources du fonds serviront principalement à l’achat de munitions pour l’Ukraine et à la formation du personnel militaire ukrainien dans le cadre de la Mission d’assistance militaire de l’UE en Ukraine (EUMAM). Le Conseil de l’UE a prolongé son mandat de deux ans, jusqu’au 15 novembre 2026, avec un budget de 409 millions d’euros. Depuis la création de la mission en novembre 2022, 85 000 militaires ukrainiens ont été formés.
Les recettes provenant des fonds gelés par la Banque centrale de Russie dans l’UE (actuellement, seuls les intérêts bancaires sur ces fonds sont utilisés) seront également allouées au soutien de l’Ukraine. Cette question demeure problématique en raison de la position de la Belgique, qui exige que l’UE garantisse le remboursement des fonds en cas de poursuites judiciaires de la part de la Russie. Malgré la complexité du problème, les représentants de l’UE espèrent qu’une solution sera trouvée. La meilleure option serait un prêt de réparations, qui permettrait d’utiliser les recettes des fonds russes tout en maintenant formellement leur propriété en Russie.
Certains pays européens augmentent également leur aide financière à l’Ukraine. Par exemple, le gouvernement allemand a alloué 3 milliards de dollars supplémentaires à l’Ukraine pour ses besoins en matière de défense.
Par ailleurs, dans le cadre de la définition des garanties de sécurité pour l’Ukraine après la guerre, plusieurs autres initiatives sont proposées, qui peuvent être envisagées dans le contexte de l’intégration de notre pays au système de sécurité euro-atlantique et européen. Parmi celles-ci figurent des propositions visant à :
déployer une mission militaire internationale sur le territoire ukrainien, composée d’unités des forces armées de pays occidentaux et d’autres pays de soutien. Un appui aérien et logistique de la part des États européens voisins est également envisagé. Cependant, la mise en œuvre de telles mesures s’avère extrêmement problématique.
Sur les quelque 30 pays membres de la Coalition des volontaires, une dizaine seulement sont disposés à envoyer des troupes en Ukraine. La France, le Royaume-Uni, la Turquie, l’Estonie et la Lettonie figurent notamment sur cette liste. Tous acceptent de le faire seulement après la fin des combats.
D’autres pays sont disposés à participer à la couverture aérienne et à l’appui naval. Les États-Unis envisagent également cette possibilité. La Roumanie accepte de mettre son territoire et ses bases militaires à disposition pour le déploiement de forces de soutien aérien et naval pour la mission militaire internationale en Ukraine. La Pologne est déjà considérée comme la principale plateforme d’approvisionnement de l’Ukraine en munitions et en armes. Cependant, cela ne suffit pas. Selon les estimations d’experts, la taille minimale d’une mission militaire internationale en Ukraine devrait être de 30 000 à 40 000 soldats, et idéalement de 100 000. Les pays susmentionnés ne peuvent pas fournir un tel effectif.
De plus, la question de la Russie se pose. Elle refuse le déploiement de contingents militaires occidentaux sur le territoire ukrainien et les considérera comme des cibles légitimes d’attaques s’ils y sont déployés sans son consentement. Les raisons de cette position sont les mêmes que celles de son opposition à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Par conséquent, il est peu probable que des contingents militaires des pays partenaires de l’Ukraine soient déployés sur son territoire dans un avenir proche.
Il est proposé d’étendre l’article 5 du Traité de Washington sur la défense collective à l’Ukraine, sans pour autant lui accorder l’adhésion à l’OTAN. Selon cette approche, en cas d’attaque russe contre l’Ukraine, les États membres de l’OTAN devront déterminer dans les 24 heures comment ils apporteront leur aide à l’Ukraine.
Il est également proposé d’étendre à l’Ukraine l’article 42.7 du Traité sur l’Union européenne, avec des dispositions similaires. Cette option est considérée comme encore meilleure que la précédente, car l’Ukraine pourrait toujours devenir membre de l’UE dans un avenir proche.
Cependant, l’application d’un mécanisme similaire à l’article 5 du traité de Washington sans l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN reste floue. Comment et quelles décisions seraient prises, et par quels mécanismes seraient-elles mises en œuvre ? Il en va de même pour l’article 42.7 du traité sur l’Union européenne.
Quoi qu’il en soit, l’intégration de l’Ukraine au système de sécurité euro-atlantique et européen renforcera sa défense et ses capacités en cas de confrontation militaire avec la Russie, et constituera à l’avenir une garantie fiable pour la sécurité de notre État.
Déductijns
Les États-Unis, l’OTAN et l’UE ont largement défini et approuvé les principes d’un nouveau système de sécurité euro-atlantique et européen, qui renforcera leur capacité à contrer les menaces militaires russes et chinoises.
Dans ce système, les États-Unis s’attacheront à contenir la Chine à l’échelle mondiale et dans la région Asie-Pacifique, tandis que l’Europe se concentrera sur la riposte à la Russie. Les États-Unis demeureront le principal garant de la sécurité stratégique de l’Europe et l’aideront à faire face à la Russie sur le théâtre d’opérations européen.
Cette approche n’envisage pas la création d’une armée européenne distincte. La composante européenne de l’OTAN, avec le soutien des États-Unis, assurera la défense de l’Europe. L’UE, quant à elle, assumera la majeure partie de la responsabilité du soutien financier et économique de la défense européenne.
Compte tenu de la situation actuelle, les actions prioritaires pour renforcer la sécurité européenne porteront sur le renforcement de la protection et de la défense des frontières orientales de l’OTAN/UE, l’amélioration des systèmes de défense aérienne pour contrer les drones et les missiles tactiques, l’accroissement de la mobilité militaire et le développement d’un système de lutte contre la guerre hybride et les cyberattaques russes.
Des mécanismes de financement de ces mesures ont été adoptés, notamment l’augmentation des dépenses de défense des États membres de l’OTAN et la création de fonds européens spéciaux destinés à attirer les investissements. Ces fonds apporteront également une aide financière à l’Ukraine.
Le nouveau système de sécurité euro-atlantique et européen couvrira également l’Ukraine, qui joue un rôle important dans la défense de l’Europe et assure de facto la protection du flanc sud de l’OTAN. Cela permettra à l’Ukraine de disposer de réserves plus importantes en cas de confrontation militaire avec la Russie, ainsi que de garanties de sécurité pour l’après-guerre.
Institut de Politique Globale

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