L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022 constitue un défi direct pour l’Occident et, en particulier, pour l’Europe.
Il semble que Poutine ait décidé d’utiliser la force militaire pour restaurer l’autorité et le prestige de la Russie sur la scène internationale, ne voyant pas d’autre solution. Cependant, quatre ans après le début de cette guerre, on peut déjà affirmer que le président russe a clairement surestimé ses forces, et ce pari se soldera très probablement par une défaite et une désintégration accrue de la Fédération de Russie.
La Russie, a-t-elle une chance de gagner la guerre contre l’Ukraine soutenue par les principales puissances mondiales ? La réponse est sans équivoque : non.
Le potentiel politique, militaro-technique, financier et économique des pays de la coalition anti-Poutine est bien supérieur à celui de la Russie qui ne permet plus à Poutine de dominer le conflit ukrainien. Quant aux ressources humaines, les Russes sont limitées, surtout si l’on considère que 140 millions d’habitants vivent sur un vaste territoire de plus de 17 millions de kilomètres carrés.
Certes, l’Ukraine dispose de ressources humaines bien moindres, mais conquérir des États et des peuples étrangers avec une armée plus nombreuse était possible à l’ère préindustrielle, comme l’a fait Gengis Khan. À l’ère du numérique, les guerres ne se gagnent plus par des assauts massifs, mais par ceux qui possèdent une base financière et économique solide, un équipement militaire moderne et un personnel militaro-technique formé à son utilisation optimale.
Les opérations de la coalition occidentale menée par les États-Unis après l’invasion du Koweït par les forces irakiennes de Saddam Hussein en sont un exemple flagrant. On peut en dire autant d’Israël qui, grâce à une technologie militaire de pointe, assure sa survie malgré son encerclement par des voisins hostiles.
À long terme, la défaite de la Russie dépend également de plusieurs facteurs géopolitiques. Il convient de souligner, avant tout, que l’Europe n’a aucun intérêt à la défaite de l’Ukraine ni au renforcement d’une Russie agressive et imprévisible à ses dépens.
Cela signifie que l’aide militaire, financière et économique apportée à l’Ukraine par les pays européens se poursuivra et, si nécessaire, s’intensifiera.
Quant à la Chine, elle n’aide actuellement la Russie que pour éviter sa défaite, car cela entraînerait une nouvelle domination totale de l’Occident sur la scène internationale, ce qui ne lui convient plus. Parallèlement, la Chine profitera certainement de l’affaiblissement de la Russie dans la guerre contre l’Ukraine et, très probablement, après la défaite russe, entreprendra de reconquérir les territoires chinois autrefois conquis par l’Empire russe.
La Turquie qui rivalise avec la Russie dans le Caucase et en Asie centrale depuis des siècles, ne pourra pas non plus rester insensible à ces bouleversements politiques mondiaux.
Il est difficile de dire précisément quand la Russie s’effondrera, mais compte tenu des facteurs objectifs, il est d’ores et déjà clair qu’après sa défaite face à l’Ukraine et aux États de la coalition anti-Poutine, l’effondrement de la Fédération de Russie sera inévitable, entraînant de nombreux bouleversements géopolitiques majeurs. Cela aura sans aucun doute un impact considérable sur les processus sociopolitiques, non seulement sur le continent européen, mais dans le monde entier. C’est pourquoi nous devons tous nous préparer dès maintenant aux nouveaux défis et menaces auxquels l’humanité pourrait être confrontée dans un proche avenir.
Oleg Berezyuk,
Institut de Politique Globale.